dimanche 26 juin 2011

Osez....


Il n’y a pas que Caroline de Haas pour « oser » n’importe quoi. Et il n’y a pas que les Verts allemands qui prônent l’usage du phallus bio. En effet, comme chacun sait, si « les con(ne)s, ça ose tout », les coquecigrues, quant à elles, volent toujours en escadrille.

La collection « Osez » ne comporte pas encore de volume intégralement dédié au « clito ». Cependant, grâce à cette série de petits bouquins édités par  La Musardine, le lecteur naturolâtre amoureux des étendues vierges et autres forêts impénétrables pourra enfin « Oser le sexe écolo ». Ce qui n’est pas du luxe tant il est vrai que le cul pollue : « drague en voiture, préservatifs non recyclables, sextoys en plastique ». On attend avec impatience de tout savoir sur l’érotisme suranné de la capote à usages multiples et du pénis en pierre de taille.

« Osez », c’est tout un tas de plaisirs insoupçonnés en perspective, et vous pourrez tour à tour « oser l’amour des rondes », « oser le quick sex » ou « oser coucher pour réussir : travailler moins pour baiser plus ».

Les phallocrates incoercibles ayant échappé aux griffes et à la surveillance sans concession des « Big Sisters » d’OLF pourront continuer à « oser la masturbation masculine ». Qu’ils sachent cependant que désormais, c’est au péril de leur vie.

Quant à Caroline de Haas et à sa horde de spadassines, elles pourront enfin réaliser leur rêve en découvrant un manuel explicitant comment corriger ces mâles qui « depuis la nuit des temps » se sont toujours « comportés en prédateurs ». En avant, les filles : « Osez la chasse à l’homme » !


Lire ou relire:
Féminisme : les maux et les images   CLIK
La folle semaine de la gauche lib-lib   CLAK
Les "féministes" contre DSK, infortunes de la fausse vertu  CLOK
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samedi 25 juin 2011

Afghanistan : deux présidents, une stratégie ?



La guerres d'Afghanistan et de Libye en témoignent : le propre d'une Nation est de toujours privilégier ses intérêts stratégiques. C'est vrai pour l'hyperpuissante et guerrière Amérique dont le président cherche à solder les conflits hérités de son prédécesseur, et dont l'engagement en Libye s'est fait du bout des lèvres. Mais c'est aussi vrai pour la France « RGPPisé ». Bien qu'elle détricote jour après jour son outil de défense  pour faire des économies, son président n'en a pas moins voulu sa guerre. Nicolas Sarkozy fut donc moteur dans le déclenchement des hostilités en Libye.

Le Français, comme l’Américain, privilégie ses intérêts de puissance. Hélas, la France a parfois du mal à faire prévaloir les siens, logiquement situés sur la rive Sud de la méditerranée. Car bien qu’ayant d’autres fers au feu, Sarkozy semble avoir définitivement opté pour une stratégie afghane calquée sur celle d'Obama.

Ce dernier, quoique n’ayant pas choisi le conflit Afghan, a décidé de l’assumer. En 2009 il mit en œuvre un « surge », qui conduisit au déploiement de 30 000 GI’s supplémentaires en Asie centrale : on ne gagne jamais mieux « les cœurs et les esprits » que par l’usage de la force. Ce président, parfois jugé trop faible, devait montrer son opiniâtreté face à l’islamisme et sa détermination à lutter contre des talibans supposés liés à al-Qaida.

Depuis, l’impavide Obama peut se targuer d’avoir réussi là où le martial Georges W. Bush avait échoué. Si l’exécution d’Oussama Ben Laden n’a pas éradiqué la nébuleuse al-Qaida, elle a considérablement changé le regard que l’on porte sur le conflit afghan. Car après avoir découvert l’ennemi public numéro un vivant en toute quiétude dans une villa d’Abbottabad, il n’est plus interdit de dire aujourd’hui que le problème est surtout pakistanais. D’ailleurs, les plus vindicatifs d’entre les talibans sont certainement ceux du Tehrik-e-taliban-Pakistan (TTP), et non leurs homologues afghans, plus préoccupés par des objectifs nationaux que par des affaires de guerre sainte. Pour le spécialiste français d’al-Qaida Jean-Pierre Filiu, Ben Laden parvenait à cultiver chez les sicaires du TTP une volonté d’exporter le djihad largement émoussée chez leurs homologues afghans, bien plus concentrés sur l'impératif de reconquête de leur territoire.

Surtout, à un an de l’échéance de 2012, Barack Obama doit lui aussi se concentrer sur son propre territoire. Confronté à une crise de la dette sans précédent, il a désormais du mal à justifier la poursuite d’une guerre de plus en plus contestée par le Congrès, et qui engloutit deux milliards de dollars par semaine. Aussi déclarait-il mercredi 22 juin depuis la Maison Blanche : « il est temps de se concentrer sur le nation building ici, chez nous ». Et de présenter sa stratégie de sortie du conflit afghan, qui prévoit un retrait de 10 000 hommes dès 2011, puis de 23 000 en 2012.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la réintégration par la France de la structure militaire intégrée de l’OTAN la prédispose moins que jamais à l’indépendance. Deux heures à peine après le discours de la Maison Blanche, l’Elysée annonçait à son tour un retrait graduel d’Afghanistan, et l’on apprenait que 1 300 soldats français seraient désengagés d’ici 2012, sur les 4 000 actuellement déployés.

Il est dommage d’avoir opté pour un alignement aussi explicite : on sait depuis longtemps que le dispositif français doit se resserrer sur une seule province afghane, la Kapisa, et quitter définitivement le district de Surobi en 2012.  

Mais il est plus regrettable encore de ne prendre en ce domaine qu’une demi mesure, tant il devient difficile de déterminer quels sont les intérêts de la France dans ces montagnes d’Asie centrale où 63 soldats français ont déjà laissé la vie, cependant que nos otages ont le mauvais goût de préférer mourir au Sahel.

Le conflit afghan présente en outre l’inconvénient majeur de nuire à « l’économie des moyens » et à « la concentration des efforts » chères aux lecteurs de Clausewitz. C’est une très mauvaise idée, à l’heure où nos intérêts sont essentiellement menacés en Afrique du Nord, notamment par AQMI, dont « l’émir » Abdelmalek Droukdal, rêve depuis fort longtemps de frapper le sol français.

C’est une plus mauvaise idée encore au moment où la guerre en Libye, celle dans laquelle Nicolas Sarkozy s’est lancé peut-être un peu par calcul, mais sans doute aussi par devoir, prend une tournure nouvelle, où l’on est ostensiblement passé de la protection des civils à un objectif de « regime change » et où chacun se demande s’il ne faudra pas à terme déployer des troupes aux sol, quoique la résolution 1973 l’ait exclu au départ.

Les stratèges de comptoirs se plaisent souvent à dire qu’il est « plus facile de commencer une guerre que de la finir ». Ce doit être un peu vrai, tant la France semble avoir du mal à décider son retrait définitif d’Afghanistan. Ne serait-il pas temps, pourtant, de porter le regard et l’effort là où l’histoire et la géographie ont placé à la fois les intérêts de la France et les menaces qui pèsent sur elle : au Nord de l’Afrique ?

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mardi 21 juin 2011

Féminisme : les maux et les images

Mesdames, c’est merveilleux : le féminisme est de retour !

Ces retrouvailles avec notre grand combat, c’est à Dominique Strauss-Kahn que nous les devons. Vous pensiez que l’action dont il est accusé signait le retour d’une bestialité présumée mais néanmoins glaçante ? Pas du tout. C’est la douceur maternante de la féminité qui triomphe sous vos yeux humides d’émotion sororale.

Mais il faut également rendre hommage à Georges Tron, dont le placement en garde à vue quelques heures à peine avant le coup d’envoi de « l’action coup de poing » en faveur du clitoris lancée par « Osez le féminisme » montre une fois de plus que la force n’est pas toujours du côté de celui qui brandit la verge.

Grâce à ces promoteurs inopinés de la cause des femmes, nous voyons désormais fleurir tout un tas de porte-parole de nos peines, de nos misères et de nos désirs.

Le 20 juin en effet, l’association de Caroline de Haas lançait officiellement sa grande campagne « osez le clito », en dévoilant cette affiche :


Réalisée sous la supervision d’un gynécologue et inspirée du célèbre tableau « l’origine d’immonde » de Gustave Courbet, cette image est un véritable remède contre la crise des vocations au sein de l’Eglise catholique. Car si ce clitoris-là est « instigateur de plaisirs » au féminin, aucun doute qu’il vaccine chaque homme normalement constitué contre toute pulsion érotique quelle qu’elle soit, et pour longtemps.

Outre les associations, on notera également l’œuvre salvatrice du think tank Terra Nova. Jamais en retard d’un rapport de 80 pages inutiles, celui-ci a publié il y a une semaine son étude sur « l'implication des hommes dans la lutte pour l'égalité des sexes ».

Le think tank propose pas moins d'une quarantaine de mesures phares telles que celle-ci : « sur toute apparence corporelle retouchée à des fins publicitaires (…) imposer une signalétique « photographie retouchée afin de modifier l’apparence corporelle ». Exemple : 



Autre proposition majeure, « lutter contre la présentation sexiste des jouets ». Pour notre part, nous proposerons ce  jouet, très neutre et parfaitement asexué, qui a l’avantage d’exister également en version sombre, certifié 100% « issu de la diversité » : 




Saluons enfin l’audace de Terra Nova qui, trouvant insuffisant d’ériger la moitié de l’humanité en conglomérat victimaire, a judicieusement proposé de victimiser aussi les hommes. Ainsi, ceux-ci se voient-ils invités à refuser d’être « dominés par leur propre domination ». 
Les "progressistes", ça ose tout. C’est d’ailleurs à ça qu’on les reconnaît….

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samedi 18 juin 2011

La double erreur de Caroline Fourest



S’il y a une chose qui conduit à coup sûr au  contresens, c’est la lecture du réel sous un prisme unique et jamais renouvelé, une sorte de filon, comme celui qu’a trouvé Caroline Fourest avec le Front national. Dans une tribune consacrée samedi 18 aux questions d’économie, Fourest, qui n’y entend rien, ramène bien vite son raisonnement à ce qu’elle connaît : le « double discours » du FN. Et se prend les pieds dans le tapis au passage.

Ainsi, la journaliste écrit-elle: « Le FN parle de revenir au franc sur la base "1 franc = 1 euro". Un slogan simple, mais qui prend le risque de transformer la France en pays du tiers-monde. Chaque Français se retrouvant du jour au lendemain non plus avec 100 euros en poche, mais avec 100 francs ».
Horreur ! Si on appliquait ce programme, chaque français se retrouverait demain avec 100 francs en poche valant très exactement…100 € ! Autrement dit il se serait passé un énorme…rien ! Effroyable perspective !

Car pour qu’il se passe quelque chose, il faudrait que le retour au franc soit suivi d’une dévaluation. Fourest s’inquiète aussitôt pour les braves gens : « certes, la baguette de pain aura baissé, mais pas les produits manufacturés importés ! Ni l'essence (…) ce qui revient à faire exploser le coût de la vie ».
Pour la baguette de pain, c’est une bonne nouvelle. Pour l’essence, moins. Sauf qu’ici, la solution n’est pas monétaire mais fiscale puisque le coût de l’essence dépend du taux de la taxe intérieure sur les produits pétroliers. Quant au prix des produits importés, qu’ils augmentent ! Nos producteurs nationaux en seront les premiers ravis, qui vendront davantage de produits français à l’intérieur, mais aussi à l’extérieur, avec la hausse des exportations que nous vaudrait à coup sûr une monnaie moins forte.

La première erreur de Caroline Fourest est donc une erreur de raisonnement. En voulant toujours tout « frontnationaliser », on finit par raconter des sottises.
La seconde erreur est de croire qu’on ramènera dans le giron de la gauche l’électorat tenté par le vote « mariniste » en lui racontant des sornettes visant à le terroriser.

Raconter des sornettes ? Présenter une vision apocalyptique de l’avenir pour récolter les fruits de la panique populaire ? N’est-ce pas justement ce que Caroline Fourest et Fiammetta Venner reprochent au Front national dans leur ouvrage Marine Le Pen ?

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vendredi 17 juin 2011

La folle semaine de la gauche lib-lib


C’est pas parce qu’on a successivement ouvert une parenthèse libérale jamais refermée, voté Maastricht et fabriqué l’euro qu’il faut continuer à s’enquiquiner avec des détails techniques d’ordre économique : Merkel, Trichet, et Moody’s font ça très bien.

C’est en tout cas ce que doit se dire la gauche lib-lib [1] hexagonale. Sourde à l’inconvenant bruit de fond émis par les turbulents bouffeurs d’olives du Club-Med qui commencent, de la Grèce à l’Espagne, à faire l’expérience d’une violence physique qui prouve à quel point ils sont mal élevés, les lib-lib français ont décidé quant à eux d’avancer sur des sujets de fond. En effet, peut-être ne le saviez-vous pas, mais l’heure est grave : la France est en retard.

En retard sur quoi ? Mais sur l’évolution mœurs, bien sûr ! Cette France patriarco-phallocratique où l’on préfère les vieilles lunes bourgeoises au bonheur de jouir sans entrave et où des profs atrabilaires et sous-payés s’évertuent à nuire à la spontanéité créative de l’adolescence en continuant à faire passer l’épreuve éculée du bac de philo, cette « France moisie » aux relents autoritaristes, n’a pas fait sa révolution sociétale.

Par chance, la gauche lib-lib a passé une semaine marathon à essayer d’y remédier. Dès mardi 14 juin, elle était sur le pied de guerre pour tenter d’arracher à un Parlement frileux le vote d’une loi éminemment progressiste autorisant le mariage gay. En vain, ce qui prouve combien notre pays est gangrené par le conservatisme. Pourtant, le marieur de Bègles Noël Mamère se montra très convaincant, lorsque, n’écoutant que son courage, il harangua ses collègues députés en ces termes : « vous ne pourrez pas rester longtemps à la traîne ! ». Mais il y eut, dans ce débat bien d’autres saillies croquignolesques, comme celle de cette députée socialiste s’étonnant elle-même de défendre aujourd’hui une institution archaïque qu’elle conspuait dans ses vertes années «si il y a quarante ans, alors que je prônais plutôt l’union libre, on m’avait dit que je défendrais un jour le mariage ! ».
C’est vrai, ça, qui l’eût cru, à l’époque où cette élue du peuple tétait probablement des joints sur le plateau du Larzac ?

Téter des joints en toute quiétude, voilà l’une des autres avancées majeures proposées cette semaine par la gauche lib-lib, par la voix de l’ancien ministre de l’Intérieur, Daniel Vaillant. Constatant l’échec des modalités actuelles de la lutte antidrogue, et la piètre qualité de la ganja consommée dans les cages d’escalier, Vaillant propose de légaliser le cannabis pour « fumer mieux », c'est-à-dire moins toxique, l’Etat étant chargé de garantir la qualité du produit. Que n’y a-t-on pensé plus tôt ! En plus, ça coupera la « beuh » sous le pied des trafiquants, qui se reporteront immédiatement sur le deal de crack. Rusé !
Dans un ultime spasme d’esprit responsable, l’ex premier flic précise tout de même « moi, je n’ai jamais fumé un joint » : pas comme Jospin…

Mais la gauche lib-lib, ce ne sont pas que d’anciens ministres et des députés. Ce sont aussi de nombreuses associations qui font chaque jour sur le terrain un travail remarquable. Comme « Osez le féminisme », par exemple, qui lutte sans relâche pour une meilleure répartition homme-femme de l’usage de l’aspirateur. Le 20 juin, ces militantes courageuses clôtureront en fanfare la folle semaine de la gauche lib-lib en organisant un évènement signalé ici par David Desgouilles. Dans le cadre de leur grande campagne  « Osez le clito », les « Indignées » du balai-brosse lancent ce lundi « une action coup de poing dans Paris et une quinzaine de villes en France » pour promouvoir le clitoris.
L’objectif ? A priori, aucun. Mais il parait que toutes les participantes homosexuelles désireuses de se marier se verront offrir un pétard garanti 100% bio.

Cette semaine, avec la gauche lib-lib, on a vraiment brossé tous les sujets qui dérangent. Profitons-en, car la semaine prochaine, il paraît qu’on reparle du chômage…


[1] Libérale-libertaire

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mercredi 15 juin 2011

A l'Est, rien de nouveau. Cap au Sud ?




« Démondialisation », tel est le nouveau concept à la mode. Sorte de déclinaison habile de l’idée protectionniste, elle est défendue par de nombreux intellectuels, de Jacques Sapir à Emmanuel Todd. Ce dernier vient d’ailleurs de préfacer l’ouvrage publié par Arnaud Montebourg dans le cadre de sa candidature à la primaire socialiste [1].

Cet ingénieux follicule programmatique propose de retourner contre elle les instruments même de la globalisation. L’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) serait mise à contribution et ses textes fondateurs invoqués pour promouvoir une démondialisation environnementale, cependant qu’un protectionnisme « à la fois vert et social » serait institué au niveau européen.

En bon leader socialiste, Arnaud Montebourg ne pousse pas l’audace jusqu’à émettre des propositions sans portée régionale. Toute idée de protectionnisme national est rejetée comme susceptible de « mener le pays à la ruine en l’isolant, et en le confrontant seul au reste du monde ». Montebourg pense donc « européen ». Il pense même « franco-allemand », en disciple appliqué de Jean-Pierre Chevènement, et déclare, comme pourrait le faire son aîné : « la démondialisation passe par l’Allemagne ».

Réorienter la construction européenne à partir de l’axe Paris-Berlin, inviter notre grand voisin à dépasser les turpitudes de son histoire et renoncer à quelques dogmes déflationnistes pour créer avec la France une véritable « Europe européenne », telle est en effet l’obsession du vieux Lion de Belfort. Pour y parvenir, il mise sur une recomposition puis sur une victoire de la gauche allemande. Le jeune député de Saône-et-Loire ne dit pas autre chose lorsqu’il appelle à « rénover les relations franco-allemandes », ce qui « passe par la défaite politique d’Angela Merkel ».

Ce pari allemand, apanage du « socialisme de rupture », ne pêche-t-il pas par excès d’optimisme ? Il n’est pas certain que le voisin germain soit prêt, au nom de la solidarité continentale, à renoncer au fameux « modèle allemand » qui lui vaut d’endurer la crise mieux que quiconque. Au contraire, l’Allemagne semble passée maître dans l’usage du double discours, vantant les mérites de l’Europe côté pile, ne servant que ses intérêts nationaux  côté face. Ainsi, cependant que son ministre des Finances, Wolfgang Schäuble, en appelle à la « responsabilité allemande envers l’Europe » et se déclare favorable à un supplément d’aide à la Grèce, notre grand voisin demeure toujours plus attaché à cet euro fort qui sert son économie et détruit celle de ses partenaires.

Nombre d'économistes le disent depuis longtemps, la zone euro est trop hétérogène pour former une « zone économique optimale ». Ainsi, pendant qu'on expériemente "l'indigation" en Espagne, que les socialistes portugais se font balayer et que la Grèce s'enfonce dans la tourmente, l'Allemagne pronostique 3% de croissance pour 2011, et prospère "à la chinoise", par la grâce d’une économie essentiellement exportatrice.

Outre-rhin, la nocivité de l’euro est largement atténuée par la nature des avantages compétitifs du « made in Germany » : ceux-ci tiennent moins dans les prix que dans la qualité incomparable des produits, obtenue grâce à un effort exceptionnel de recherche et développement. Les prix, toutefois, ne s’envolent pas pour autant. Toute à sa lubie de lutter contre une inflation pourtant résiduelle, l’Allemagne utilise le « holisme » caractéristique du « capitalisme rhénan » [2], pour pratiquer une politique de déflation salariale inimaginable dans un autre pays d’Europe.

On peut certes espérer avoir bientôt l’occasion de cette « explication européenne et politique avec l’Allemagne » appelée de ses vœux par Arnaud Montebourg. On essaiera alors de la convaincre que son modèle, bâti sur l’écrasement des salaires, ne permettra pas à la consommation intérieure de prendre le relais d’exportations vouées à se tarir suite à la cure d’austérité imposée aux partenaires commerciaux de l’Allemagne pour sauver l’euro. Car la patrie de Goethe réalise plus de 60% de ses exportations au sein de l’Union européenne, et plus de 40% au sein de la zone euro. Que se passera-t-il si ces débouchés viennent à manquer ? Le « modèle allemand » n’est-il pas destiné à devenir à terme son propre ennemi ?

La République fédérale est-elle prête à entendre nos exhortations ? Rien n’est moins sûr, tant ce pays donne l’impression d’une préférence atavique pour la politique du « cavalier seul », au point de malmener son principal partenaire et de mettre en danger le couple franco-allemand. On l’a vu avec l’affaire libyenne, révélateur du choix de l’impuissance fait par un voisin ayant renoncé à nous soutenir, et déguisant tant bien que mal son isolationnisme en phobie historique de la guerre. On le constate à nouveau avec l’affaire du nucléaire : en décidant unilatéralement la fermeture de sept réacteurs, l’Allemagne ne peut ignorer qu’elle met la France en difficulté. Gros exportateurs d’électricité, nous en somme également importateurs saisonniers, et jusqu’alors, c’est vers la production allemande que nous nous tournions durant les étés secs.

Cette attitude peu partageuse n’est pas forcément liée à la seule présence au pouvoir de madame Merkel, et de ses amis conservateurs de la CDU-CSU. Peut-être cet unilatéralisme trouve-t-il ses racines au plus profond de « l’âme allemande ». Jean-Pierre Chevènement, pourtant grand promoteur du dialogue franco-rhénan, concède un « problème anthropologique » [3]. Quant à Emmanuel Todd, il en appelle au modèle familial traditionnel, la « famille souche », comme principal facteur explicatif. Il en déduit un tropisme à la fois autoritaire et inégalitaire menant irrémédiablement à un sentiment de supériorité égoïste. L’Allemagne, hier nazie, aujourd’hui victime d’un repli frileux, en somme…

La France a-t-elle intérêt à attendre indéfiniment que son interlocuteur privilégié accepte de l’écouter ? Jusqu’à quand espérer la victoire de la gauche en Allemagne, et peut-on sérieusement fonder une stratégie sur cet espoir ? N’est-il pas urgent, au contraire, alors que l’Union européenne est soumise aujourd’hui à des secousses inédites mettant à l’épreuve toutes les solidarités, de se rappeler notre appartenance méditerranéenne ?

On peut croire à la régionalisation comme pendant naturel de la mondialisation. On peut souhaiter la création de zones de taille intermédiaire pour continuer d’exister dans un monde globalisé. On peut parier enfin que, sur le temps long de l’histoire, les peuples finissent par avoir tant en commun qu’ils acceptent volontairement de se dépasser. Frédéric Lordon en est persuadé. Mais il note toutefois « les limites d’un commun européen susceptible de faire souveraineté passent par la Grèce, l’Espagne, le Portugal, l’Italie, et la France à l’évidence (…) il y a avec l’Allemagne un discord trop irrémédiable pour faire communauté outre-nationale souveraine » [4].

Avec l’orage sans précédent qui s’annonce sur le continent, il y a fort à craindre que l’Allemagne, moins audacieuse que jamais, se replie sur sa zone d’influence traditionnelle, sorte de Mittleuropa reconstituée. Alors, peut-être faudra-t-il que la France se positionne plus clairement comme un pays de l’Europe su Sud.

Parce que l’Europe à vingt-sept est trop vaste, il est temps de créer ce sous-ensemble de taille intermédiaire sur les rives de Mare Nostrum, qui, après avoir retrouvé confiance et prospérité, aura à la fois la force, la crédibilité et le désir de tourner à nouveau son regard vers l’Est.



[1] Arnaud Montebourg, Votez pour la démondialisation, Flammarion, 2011.
[2] Michel Albert, Capitalisme contre capitalisme, Seuil, 1998.
[3] Jean-Pierre Chevènement, La France est-elle finie ? Fayard, 2011.
[4] Frédéric Lordon, Qui a peur de la démondialisation ? Les blogs du Diplo, 13 juin 2011.

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dimanche 12 juin 2011

Réforme de l'ISF : il n'y a pas de petits profits



Ce qui est bien, avec la réforme de l’impôt de solidarité sur la fortune, c’est qu’on a chaque jour une nouvelle raison n’en pas croire ses yeux ni ses oreilles, ce qui tend à rassurer ceux qui pensaient avoir définitivement abandonné leur âme d’enfant : leur capacité d’étonnement demeure intacte.

Il fallait déjà avoir les nerfs bien accrochés pour admettre sans broncher que 300 000 contribuables habituellement assujettis à l’ISF, soit plus de la moitié, en seront désormais exonérés. Mais on peut se dire pour se rassurer qu’il ne s’agit après tout que des plus pauvres d’entre les riches, ayant vu subitement cet impôt leur tomber dessus par la disgrâce d’une montée en flèche des prix de l’immobilier ayant transformé leur résidence principale en trésor sans même qu’on leur demande leur avis.

On trouve moins facilement matière à se consoler lorsque l’on apprend que les principaux bénéficiaires de la réforme de l’ISF seront précisément…les contribuables des deux dernières tranches, c'est-à-dire les 6000 bougres et bougresses ayant un patrimoine imposable supérieur à 7,5 millions d’euros.


Au moins pouvait-on prêter jusque là à ces contribuables triés sur le volet le bon goût de voir les choses en grand. Pas du tout ! Comme le malheureux quidam-salaire-médian, l’ISFiste est un gagne-petit. C’est en tout cas ce que semblent accroire un certain nombre de nos députés, ayant jugé bon de leur jeter quelque menue monnaie pour calmer l’ire probablement suscitée par la suppression du bouclier fiscal.

Alors que l’Assemblée nationale examine en ce moment le projet de loi de finances rectificative (PLFR) pour 2011, les élus du peuple ont voté, vendredi 10 juin, un amendement qui permettra aux contribuables demeurant redevables de l’ISF de bénéficier d’un « coup de pouce » de 300 euros par enfant à charge.

Avant de pousser des cris d’orfraie, veuillez pendre conaissance de quelques éléments de technique fiscale faciles à comprendre.

Tout d’abord, cette réduction d’impôt existait déjà, et fut même mise en place en 1988, c’est à dire sous le règne de la gauche. Mais elle n’était que de 150 euros par enfant mineur à charge. Désormais, elle est non seulement doublée, mais aussi étendue aux enfants majeurs poursuivant des études. C’était bien le moins qu'on pouvait faire tant il est vrai que les ISFiens comptent parmi les Français dont les enfants ont le plus de difficultés à financer leurs études.

A titre indicatif, notons que 300 euros, c’est à peu près le montant de l’allocation de rentrée scolaire[1] scandaleusement réservée aux seules familles ayant un plafond de revenus annuel de 22 000 euros. Notons également que les 260 000 foyers concernés subiront la « double aubaine » : avec la notion de « personnes à charge fiscale », les charges de familles sont déjà prises en compte au titre de l’impôt sur le revenu. Désormais, pour les plus aisés, elle le seront une seconde fois : au titre de l’impôt sur la fortune.

Voici donc un grand pas en avant dans le domaine de la politique familiale à périmètre ultra-restreint, qui ne manquera pas d’encourager les 260 000 foyers les plus riches à procréer, au grand dam de leurs enfants déjà nés voyant arriver dans la famille le petit frère honni avec lequel ils devront un jour partager les quelques malheureux millions de l’héritage. Natalisme, quand tu nous tiens….

Nota : à présent, pour les cris d’orfraie, vous pouvez y aller.

[1] Celle-ci s’échelonne de 285 à 311 euros selon l'âge des enfants.
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vendredi 10 juin 2011

Jurys citoyens : le cours de civisme de Michel Mercier


Ça fait longtemps qu’on n’a plus entendu parler du projet de loi concernant la mise en place de jurys populaires en correctionnelle. A tel point qu’on pourrait presque croire que le sujet est enterré. Ou qu’il fait du surplace. Ou qu’il n’intéresse personne, ce qui est un peu vrai, parce qu’en ce moment, question justice, on a du lourd. Du très du très lourd, même. Et du transnational, en plus : New-York, Marrakech, Draveil, tout ça. Quant au plus brillant d’entre nos spécialistes du système judiciaire, Robert Badinter, il ne dit mot sur le sujet, tout occupé à pleurer « le meurtre  médiatique » d’un ami.

Pourtant, concernant le texte sus-cité, il semble que les choses avancent. Le projet de loi concernant « la participation des citoyens au fonctionnement de la justice pénale », ce beau texte qui donnera l’occasion à d’heureux quidams promus « citoyens assesseurs » de pouvoir déserter quelques temps leur entreprise déficitaire en cours de délocalisation ou les bureaux défraîchis de leur administration RGPPisée au profit des ors d’une salle d’audience, a été adopté en première lecture par le Sénat le 19 mai.

Par ailleurs, ce texte était étudié le 8 juin par la commission des lois de l’Assemblée nationale, qui entendait pour l’occasion Michel Mercier, garde des Sceaux. Une audition rondement menée, ce qui n’est pas étonnant pour qui connaît le Ministre de la Justice[1]. Monsieur Mercier a rappelé l’objet du projet de loi, qui fera siéger dès la première instance deux citoyens tirés au sort aux cotés de magistrats professionnels, pour juger des atteintes aux personnes les plus graves, c'est-à-dire celles punies d’au moins cinq ans d’emprisonnement.

Drôle de texte, que celui-là, qui semble congédier définitivement l’égalité de tous devant la justice. Ainsi donc, un « présumé coupable », selon l’expression la plus en vogue du moment, verra se constituer à son profit une juridiction ad hoc, dont la composition dépendra de la peine… qu’il encourt (et non pas même de celle qu’il recevra).

Mais ce n’est pas tout ! Il est prévu en effet que le dispositif fasse l’objet d’une expérimentation entre janvier 2012 et juin 2014. Pendant cette période, certaines juridictions fonctionneront avec des « citoyens assesseurs », et d’autres pas. Ainsi, pendant plus de deux ans, le traitement des justiciables sera différencié selon le lieu d’implantation du tribunal où ils seront jugés.

Mais ce n’est toujours pas tout ! Derrière l’idée de donner à nos concitoyens l’opportunité de participer au service de l’intérêt général, se cache une arrière pensé moins avouable. En faisant juger « le délaissement de mineurs aggravé, les violences volontaires, les vols avec violence » par des non professionnels dont on suppose qu’ils sont tous des Dupont Lajoie assoiffés d’ordre, avides de sanctions et férus de sévérité, on espère que les peines prononcées pour ce type de délits seront plus lourdes. Car on sait bien (ou plutôt on croyait, avant un certain 14 mai) que ces vilénies étaient essentiellement le fait de ploucs crasseux et mal dégrossis. En revanche on a pris soin de laisser hors du dispositif « les contentieux les plus complexes, qui supposent un haut niveau de technicité, tels que les contentieux économiques et financiers ou de délinquance organisée ». Car la délinquance en col blanc, elle, ne mérite par qu’on lui colle au train des « jurys citoyens » à l’air con, à la vue basse, et à l’âme sottement « égalitariste ». Vous avez-dit égalité devant la justice ?

Pour autant, notre éminent ministre n’a pas manqué de se féliciter : « accroître la participation des citoyens au fonctionnement la de la justice, c’est (…) leur offrir une façon nouvelle d’expérimenter la démocratie et leur donner l’occasion de faire un acte civique, ce qui est de moins en moins facile dans notre société ».

Expérimenter la démocratie ? Faire un acte civique ? Reparlons-en, Monsieur Mercier, au soir d'un dimanche électoral de mai 2012...


[1] C'est-à-dire presque personne, la plupart des gens pensant que Michelle Alliot-Marie occupe toujours le poste, et les autres le croyant vacant.
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lundi 6 juin 2011

Biographie : Caroline Fourest et Fiammetta Venner versus Marine le Pen.


Le moment était bien choisi. Entre l’accession de Marine le Pen à la présidence du Front national, une élection qui la verra briguer la présidence de la République et une panoplie de sondages qui lui promettent un score étincelant, il semblait nécessaire de décortiquer la stratégie de l’héritière. C’est le défi que se sont lancées Caroline Fourest et Fiammetta Venner, observatrices de longue date du Front national, dans un ouvrage paru le 1er juin, Marine le Pen.

Plus qu’une biographie, ce livre dense de 400 pages se veut une mise à nu de ce qu’il est convenu d’appeler « le processus de dédiabolisation ». En se plongeant dans l’histoire personnelle de la patronne frontiste, en auscultant ses réseaux de sympathie et les nouveaux aspects de son discours, les auteures tâchent de mettre à jour la réalité de ce Front national new look, dont les nouveaux thèmes de prédilection et la modernité affichée ne cessent de nous surprendre.

De fait, le livre parvient globalement à convaincre. Mais davantage par la continuité qu’il révèle dans l’histoire du FN que par la mise en défaut de sa nouvelle doxa. En insistant sur le lien indéfectible entre « Marine » et son père, en s’attardant sur le pedigree de  ses amis actuels, Fourest et Venner pointent du doigt la rémanence de la dangerosité du FN, et son inextinguible ancrage à l’extrême droite. Hélas, un parti pris très « deuxième gauche » et une lecture volontiers sociétaliste du corpus mariniste nuit à la démonstration. Les raisons de l’irrésistible succès de Marine le Pen, notamment auprès des couches populaires, sont quant à elles passées sous silence. La conclusion de ce long ouvrage quant à l’attitude à adopter vis-à-vis de l’électorat du FN se révèle quant à elle presque surréaliste.

Rupture ou continuité ?

« Fille de, et victime », tel est l’intitulé fort à propos de la première partie. Très narratif, ce début est en grande partie tiré d’une analyse du livre autobiographique de Marine le Pen, A contre flots[1], texte tantôt sincère et touchant, tantôt franchement lacrymal. Sans nier la dureté de certains évènements vécus par la famille le Pen, tel l’attentat de la rue Poirier en 1976, les auteures dénoncent la posture volontiers auto-victimaire adoptée par Marine le Pen. En expliquant comment elle fut sans cesse « discriminée » en raison de son nom, cette dernière parvient en effet à se présenter comme l’éternel bouc émissaire d’un « système » inique, et tente de retourner à son profit ces réflexes anti-discriminatoires qui sont habituellement l’apanage de l’antiracisme.

Vient ensuite l’analyse des rapports avec le patriarche. Marine le Pen dévoile un attachement très fort de la part d’une fille cadette demeurée sans ciller du côté de son père quelles que soient les épreuves, notamment lors de la scission du FN sous l’impulsion des mégrétistes. Il en demeure un véritable « contrat moral » entre le père et la fille, et la volonté farouche de la seconde de réhabiliter le nom du premier, quitte à réécrire en partie l’histoire du FN. Quoiqu’elle s’en défende, Marine le Pen a hérité d’un parti politique à l’organisation clanique comme d’autres héritent de l’entreprise familiale. Se devant de faire prospérer le fond de commerce de ce « front familial », elle s’interdit toute rupture véritable.

L’étude du noyau dur et des amitiés marinistes, enfin, ne laisse guère d’illusion sur l’ancrage à l’extrême droite du FN relooké. Moins portée que son père aux synthèses acrobatiques, Marine le Pen n’hésite pas utiliser l’acrimonie et la défiance qu’elle inspire aux branches traditionalistes et intégristes du parti, et profite du départ de certains caciques comme Bernard Antony, Roher Holeindre Karl Lang pour donner l’image d’un Front « dépoussiéré », même si pour l'heure il semble plutôt décimé. De plus, ceux dont elle s’entoure aujourd’hui appartiennent à la frange nationale-radicale[2] de l’extrême-droite. Qu’ils soient anciens « gudards », mégrétistes rentrés au bercail ou nationaux-révolutionnaires, ils ne sont pas les moins virulents.

Le hold-up pseudo laïc

Vient ensuite l’analyse du discours mariniste, notamment de « l’OPA sur la République et la laïcité ». En militantes laïques de longue date, Fourest et Venner connaissent bien ces questions. Elles montrent comment la référence réitérée à la laïcité, dont Marine le Pen se fait désormais la porte-parole inconditionnelle, est inhabituelle au sein d’un FN qui se prononça en 2004, contre la loi interdisant les signes religieux ostentatoires à l’école publique.

Surtout, les enquêtrices révèlent la duplicité et l’opportunisme de la leader frontiste en ces domaines, montrant comment celle-ci défend une « laïcité à tête chercheuse visant uniquement l’islam ». Comme une sorte de réponse d’extrême droite à la montée d’un islam politique concurrent de l’intégrisme catholique, le Front national aurait découvert sur le tard une laïcité visant à combattre « l’islamisation », terme préféré à « islamisme », puisqu’il suggère une invasion, voire une nouvelle forme d’« occupation ».

Les diverses polémiques générées par Marine le Pen à ce sujet auraient d’ailleurs comme conséquence directe de réactiver les réflexes anti-laïques. Par exemple, sa saillie remarquée contre les prières de rue auraient remis en selle les tenants de la « laïcité positive ». Pour ces derniers, la solution à ce phénomène passe par la promotion du financement de mosquées sur les deniers publics, au mépris de la loi de séparation de 1905.

Sur ces thématiques, l’ouvrage montre bien équilibrisme auquel Marine le Pen est contrainte, tiraillée entre ses intégristes catholiques de l’intérieur, et les ultra-laïques et autres Identitaires de l’extérieur, tentant de dépasser le FN sur sa droite via l’organisation d’« apéros saucisson pinard » ou d’ « assises sur l’islamisation ».

Sur la bonne volonté des partis politiques « républicains », en revanche, Fourest et Venner pêchent par optimisme. Tout en reconnaissant l’effectivité du phénomène des prières de rue et la nécessité d’y porter remède, elles hésitent à dénoncer l’immobilisme et la complaisance d’autorités ayant laissé s’installer cette situation. Elles considèrent qu’« au fond, c’est le jeu démocratique. Le FN crie au loup, les autres partis cherchent des solutions. Mais parfois, le fait que le FN crie au loup de façon excessive (…) suscite un tel rejet que tous les partis avançant vers des solutions se figent ». Or les « autres partis à la recherche de solutions » étaient figés bien avant la mue laïco-lepéniste, et l’on peut s’interroger sur les raisons de ces réticences de longue date à régler un problème qui ne concerne même pas la laïcité stricto sensu, mais bien plus le maintien de l’ordre public.


La critique du discours « attrape-tout »

Mais la principale faiblesse du livre réside dans l’analyse d’autres pans de la doxa mariniste. Elle est pourtant passée en revue sans rien omettre : programme économique, choix sociétaux, conception de l’école…Le caractère « attrape tout » du programme est parfaitement mis en exergue. Toutefois, en cédant à leur propre tropisme sociétaliste, les auteures nuisent à l’acuité de leur démonstration. Ainsi, la dénonciation de l’homophobie du Front national est davantage développée que la proposition d’une sortie de l’Euro, les biographes s’étonnant que le Front national ne soit pas favorable au mariage homosexuel. Pire, elles le soupçonnent d’être « nataliste » (ce qui semble à leurs yeux le comble de l’horreur) et de ne pas souhaiter « repeupler la Nation française en autorisant les homosexuels à adopter ou des couples à avoir recours à la gestation pour autrui ». Un discours « modernisant » assez peu efficace si l’objectif est de révéler un ancrage à l’extrême droite. Car ces thématiques sont plus à même de séduire les bourgeois libertariens proche de Terra Nova que de « responsabiliser les électeurs du FN », comme les deux journalistes l’appellent pourtant de leurs vœux.

Autre faiblesse du livre, la déconstruction du discours économique. Pour contrer le caractère gauchisant de l’économisme mariniste, Fourest et Venner ne trouvent pas meilleurs arguments que la panoplie complète utilisée par les sociaux-libéraux pour expliquer sans cesse qu’il n’y a « pas d’autre politique possible » : la sortie de l’Euro serait la preuve d’un repli nationaliste, elle ferait exploser le coût de la vie et gonflerait la dette. La mise en place d’un « protectionnisme hors sol » serait impossible, et de toute façon, il faut arrêter avec ces vieilles lunes puisque « l’époque de la dynamique industrielle et du plein emploi est révolue ». Caroline Fourest et Fiammetta Venner nous expliquent-elle là qu’il convient de s’accommoder d’une désindustrialisation que finira par faire de la France un « pays du Club Med » et se consoler d’un chômage de masse désormais structurel ?

Il faut dire que les tenants d’une « autre politique » ne recueillent guère la sympathie des deux journalistes, qui semblent voir des « souverainistes » à l’œuvre partout. Certes, elles concèdent qu’il ne faut pas « tout mélanger, les nationalistes xénophobes et les souverainistes ». Pour autant, leur présentation de l’entourage officieux de « Marine » conduit à se demander combien de « chevènementistes repentis » s’y retrouvent. Paul-Marie Coûteaux, par exemple, est présenté comme l’un d’entre eux. Mais elles oublient de préciser qu’après avoir effectivement soutenu la candidature de Jean-Pierre Chevènement en 2002, il fut exclu du Pôle républicain pour n’avoir pas appelé à voter Chirac au second tour. De même, s’appuyant tour à tour sur un article de Marianne[3] puis du Parisien[4], elles notent la présence de deux énarques et « ex-chevènementistes » désireux de devenir à terme directeurs de cabinet de Marine le Pen…sans envisager que le « Bernard » de Marianne et « l’Adrien » du Parisien puissent éventuellement être le même homme…

Une conclusion de style « sophia-aramiste »

Outre ces imprécisions, que l’on ne saurait imputer à une quelconque mauvaise foi mais qui nous rappellent combien le biographe, même en faisant un effort sincère d’objectivité, demeure lui aussi prisonnier de sa propre idéologie, c’est sa conclusion que l’on reprochera à l’ouvrage.

Caroline Fourest et Fiammetta Venner ont choisi de ne pas s’appesantir sur les raisons profondes du succès du Front national. Dans un épilogue intitulé « comment résister au nouveau FN », elles proposent une sorte de rééducation des électeurs frontistes, qu’il ne faut en aucun cas « déculpabiliser ». Sans aller jusqu’à à les traiter de « gros cons » façon Sophia Aram, elles leur trouvent « une pointe d’infantilisme dans le cœur », et proposent : « ceux qui veulent envoyer un message n’ont qu’à militer dans des associations ».

On se désole que cet ouvrage pourtant passionnant du point de vue factuel, et sans doute nécessaire sans être suffisant s’achève sur une cette fausse note, à la limite du surréalisme. Et l’on souhaite vivement aux auteures de découvrir sans délai les thèses du sociologue Alain Mergier. Car celui-ci affirme très justement : « l’intention de vote (pour le FN) n’est plus aujourd’hui motivée en terme de vote-sanction, de vote de colère (…) ce vote est devenu un vote positif ».

« Marine le Pen est dans nos vies pour quelques décennies » se désolent les enquêtrices. C’est probable en effet. Le temps est peut-être venu de se demander pourquoi. L'abandon respectif de la Nation et du peuple par le droite de gouvernement et la gauche d'accompagnement constitue le début d'une réponse.


[1] Marine le Pen, A contre flots, Grancher, 2006
[2] La catégorie des nationaux-radicaux est l’une de celles choisies par Fiammetta Venner pour classifier les différentes obédiences de l’extrême droite dans Extrême France, Grasset, 2006.
[3] P. Cohen et L. Dupont, « A Montretout, les réunions du cabinet secret de Marine le Pen », Marianne 12-18 mars 2011
[4] O. Beaumont, « Adrien, haut fonctionnaire à Bercy et conseiller de Marine le Pen », Le Parisien, 8 avril 2011.

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