Voilà. Il y a tout juste un an ce soir j’ouvrais un blog et lui donnais pour nom « l’arène nue ».
« L’arène » parce que « la vie est un combat ». Cela, tout le monde en est d’accord, en particulier les pessimistes anti-modernes et ombrageux, les débiteurs dépressifs de poncifs qui croient qu’il suffit de zoner sous Prozac pour devenir Baudelaire et les jongleurs de lieux communs dont le génie est si peu évident qu’il est parfois voué à demeurer méconnu.
Hé oui, les damnés de la Terre : l’existence est une lutte. Et comme, en ce qui me concerne, je n’ai aucune intention de la perdre, j’ai choisi de la mener sur mon propre ring.
Une arène, donc. Et une arène « nue ». Pourquoi ? Parce que ça faisait un jeu de mot pas cher. Et surtout, pour attirer les adolescents pré-pubères, en manque de sensations, les pornocrates, les obsédés et les voyeurs ! Et… j’avoue qu’en ce domaine, j’ai eu le nez fin.
Pour autant, je ne suis pas certaine que les internautes qui échouent sur l’arène nue pour « voir du cul » demeurent nécessairement des lecteurs très fidèles.
Il y a un an, je donnais donc naissance à « l’arène nue », et y publiais un premier billet. Il s’intitulait « Mourir pour l’Afghanistan ? », reprenant le titre d’un ouvrage de Jean-Dominique Merchet, assorti d’une ponctuation interrogative ayant pour but de signifier d’emblée l’immensité lucide de ma circonspection.
Après les mille et une fadaises qu’il est convenu d’aligner lorsqu’on parle de cette guerre lointaine, en particulier quand on n’y connaît rien, mon texte s’achevait sur ce constat désabusé : « cinquante-trois soldats français ont été tués en Afghanistan dans un combat ingagnable ».
Un an plus tard, le combat suscité est toujours ingagnable. D’ailleurs, « nos amis et alliés afghans » l’ont bien compris, qui se mettent à nous rafaler dans le cornet pour complaire aux talibans, dont tout le monde sait désormais qu’ils reprendront le pouvoir aussitôt qu’on sera parti.
Ce conflit, par ailleurs, est devenu impopulaire. Pas autant, certes, que le chômage de masse, la crise de la dette, et les happenings de Nadine Morano sur Twitter, mais impopulaire quand même. Au point que le Président de la République envisage désormais de rapatrier nos soldats un an plus tôt que prévu, soit fin 2013 au lieu de décembre 2014. En tout cas, il l’a dit la dernière fois que nous avons eu des morts. Il faut dire que nous en sommes désormais à 82 morts, soit 29 de plus qu’il y a tout juste un an.
On peut s’étonner du soudain empressement présidentiel. Si nous avions dit « pouce » aux Allemands en 1914 après 82 morts, nous serions passés pour de fieffés couillons. Mais concédons qu’en 1914, il ne serait venu à l’idée de personne d’annoncer à l’ennemi à quelle date précise il allait gagner la guerre.
En Afghanistan, nous l’avons fait. Barack Obama et Nicolas Sarkozy ont été clairs : fin 2014 au plus tard, quoi qu’il arrive, on met les voiles. Dès lors, l’ennemi n’a plus qu’à attendre bien tranquillement, en préparant avec méthode une victoire dont il connaît désormais la date avec précision. En plus, l’ennemi n’est pas pressé. On ne l’attend nulle part, l’ennemi : il habite là.
Finalement, un an plus tard : l’arène est toujours nue, quoique davantage lue. L’ennemi est toujours là, même s’il est un peu las Et je continue à écrire même quand j’ai rien à dire, parce que tout ça, c’est juste pour rire.
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