« On » nous annonçait une abstention conséquente. Au terme de cette demi-journée électorale, on ne peut que le constater : sur ce segment - certes particulier - de la population que constituent les dix candidats à l’élection présidentielle, « on » se sera trompé. Nul besoin d’un quelconque « sondage de sortie des urnes » pour s’en aviser. Les dépêches et autres communiqués sont formels. Chez les présidentiables, la participation a atteint, en ce dimanche 22 avril à midi, le taux de participation record de 100%.
Très tôt ce matin, rtl.fr - probablement bien informé - prenait tous les risques en pronostiquant : « les dix candidats à l'élection présidentielle vont se succéder toute la matinée pour glisser leur bulletin dans l'urne, dans leur fief respectif ». Notez d’ores et déjà cette information capitale : un présidentiable se déplace en personne pour voter « dans son fief ». Pas question ici de vote par procuration ou autre fantaisie. En outre, un candidat vote le matin, sans doute par prudence. Imaginons, par exemple, que l’intégralité des bulletins frappés du nom de François Bayrou soit épuisée dès midi dans le « fief » de Pau !...
C’est parce que ce cas de figure était éminemment probable que le susnommé a voté le premier. C’est europe1.fr, cette fois, qui nous informe : « le candidat du MoDem est le premier candidat a avoir voté (…) il a pris tous les bulletins avant de se rendre dans l'isoloir ». Incroyable ! Quand on pense que nous avons tous fait exactement la même chose sans imaginer une seconde que nous votions de la même façon que François Bayrou ! Finalement, ce n’est que dans la suite du processus que les pratiques commencent à diverger, puisque « le centriste [devait] ensuite se rendre à la messe ». A l’inverse de Gisèle Godelu, elle, devait immédiatement regagner son domicile de Saint-Pantaléon-Les-Vignes pour aller enfourner le hachis, sortir Médor et arroser le ficus.
Bien moins matinal que François Bayrou et Gisèle Godelu réunis, Jean-Luc Mélenchon n’a voté que vers 10h00, dans un bureau de vote du X° arrondissement de Paris. Selon lci.tf1.fr, le candidat du Front de Gauche a accompli son devoir citoyen dans « une école de la rue Louis Blanc », et non dans une boucherie chevaline de la rue Michel Noir. Puis, selon son entourage, « M. Mélenchon devait ensuite rejoindre une quinzaine d'amis pour manger des pâtes », cependant qu’au centre, on mange plus volontiers de la sole meunière, et qu’à droite, on boulotte du caviar à la louche.
Par l’un de ces heureux hasard qui nous rendent la vie si trépidante, c’est quasiment à la même heure que François Hollande votait « dans son fief » de Tulles. Le site du Parisien nous informe : le député de Corrèze, a voté « au bureau Marie Laurent » du nom d'une tragédienne « connue pour avoir créé le premier orphelinat pour les enfants du spectacle ». Waouh, ça c’est vraiment un bureau de vote « de gauche » ! Sait-on si ces malheureux orphelins étaient également myopathes et aveugles ? Quoiqu’il en soit, le socialiste était vêtu d’un « costume gris » et d’une « cravate bleue ». Sa compagne, Valérie Trierweiler, portait quant à elle « un imperméable d'un ton noir bleuté ». Dans leur sillage, Joseph Trumond, habitant de Tulles depuis 1993, avait choisi de rester « sapé cool, parce que bon, c’est dimanche, quand même ».
A 10h55, Philippe Poutou, le candidat du Nouveau Parti Anticapitaliste, a voté. Non pas « dans son fief » de Bordeaux, mais dans un bureau de vote. Selon LePoint.fr, il aurait « glissé un bulletin à son nom dans l’urne », ce qui mérite quand même d’être très massivement souligné. Le Point prend bien soin de nous signaler que Poutou était moins « peinard » que d’habitude, mais l’histoire ne nous dit pas s’il est ensuite parti boire une anisette « avec les copains ». En tout état de cause « l'ouvrier de l'usine Ford à Blanquefort (Gironde) reprendra le chemin de l'usine début mai (…) après une semaine de repos », ce qui est quand même un peu dégueulasse : Janine Sévenon, elle, repart au turbin dès lundi matin.
C’est à 11h00 selon les manifestants, à 11h02 selon la Police que Marine Le Pen a voté « dans son fief » de Hénin-Beaumont. Selon l’AFP, elle aurait déclaré : « voilà une bonne chose de faite ! ». C’est vrai, ça : plus vite c’est torché, plus vite on est débarrassé. Pour prouver que même au Front national, on n’est pas cannibale, elle aurait également « embrassé un enfant ». Comme toutes les femmes. Elle devait ensuite « déjeuner dans la cité minière ». Nous espérons vivement qu’il s’agira là d’un déjeuner rapide et léger, parce que bon, depuis quelque mois, la patronne du FN a, semble-t-il, un peu forci. Comme toutes les femmes.

Je découvre ce style: et j'aime beaucoup, beaucoup!
RépondreSupprimerAh, ben je compte sur vous pour revenir alors !
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