lundi 14 mai 2012

Hollande à Berlin : le chant du (nouveau ?) départ




François Hollande n’est pas même investi que ça couine déjà dans les coursives : il se murmure ça et là que les promesses européennes de « François II » ne seraient pas tenues.

On rappelle et on craint qu’il ne soit rattrapé par son passé de oui-ouiste et son tropisme euro-radieux. A cet égard, le fait qu’il ait reçu le charismatique Herman Van Rompuy (waou !) et le très glamour président de l’eurogroupe Jean-Claude Juncker (oh yes !) la semaine dernière a confirmé les grognons dans leur circonspection. Pour l’avant-garde des déçus du hollandisme, ceci ne peut être interprété que d’une seule et unique manière : le président élu chercherait à sortir de « l’intergouvernemental », et privilégierait le dialogue avec les institutions bruxelloises dans une optique clairement fédéraliste.

Nous expliquions ici même, il y a quelques jours, que cette donnée initiale n’était pas forcément une fatalité. Il existe en effet un traitement de choc contre le « oui-ouisme ». Il s’appelle « les circonstances » et a pour sous-titre « la nécessité fait loi ».

Or, en matière de circonstances et de réalité, ces jours-ci, nous sommes servis : en Espagne et en Italie, les conservateurs Mariano Rajoy et Mario Monti font assaut de déclarations austéritaro-compatibles, mais semblent se féliciter sous cape du résultat de la présidentielle française. Ils en espèrent une bouffée d’air sans même avoir eu à la demander.

Quant à la Grèce, n’en parlons pas : toujours dépourvue de gouvernement, elle voit désormais sa présence dans l’euro contestée de toute part. Cette semaine, le journal allemand Der Spiegel titre d’ailleurs sans ambigüité : "Acropolis, Adieu ! Pourquoi la Grèce doit quitter l'euro".

Mais ce n’est pas tout. Dimanche, la chancelière Merkel, celle-là même qui doit accueillir François Hollande à Berlin mardi soir, a été frappé par la foudre du suffrage universel. Dans le Land le plus peuplé d’Allemagne, la Rhénanie-du-Nord-Westphalie, la CDU vient en effet de faire un score historiquement bas, avec 26 % des suffrages, loin derrière le SPD, qui se situe à 39%. Ce camouflet n’est nullement compensé par le score inespéré mais modeste (8%) du parti libéral, actuellement membre de la coalition au pouvoir.

Bref, pour l’heure, Angela Merkel a beau rêver de nous condamner à l’austérité à perpétuité et se déclarer inflexible quant à la possibilité de renégocier le « pacte budgétaire », il est toujours moins facile d’être intraitable après avoir reçu une enclume sur la tête.

Cela ne signifie évidemment pas que le nouveau président remportera une victoire immédiate. Mais la manière dont se déroulera l’entrevue « Merkollande » nous indiquera s’il considère, à l’instar d’Arnaud Montebourg dimanche soir sur BFMTV, que l’Europe est la mère de toutes les batailles.

Montebourg a d’ailleurs mille fois raison : ici, une fois n’est pas coutume, perdre une bataille serait perdre la guerre. Alors, la suite du quinquennat serait fort douloureuse. C’est pourquoi nous tenons sans plus attendre à encourager François Hollande avec ce chant du (nouveau ?) départ : 


3 commentaires:

  1. La situation est bien absurde, n'est-ce pas? Nous en sommes à espérer que Hollande, un européiste, évite une politique qui va faire exploser la pauvreté et amener une majorité à refuser l'UE.
    Jard

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  2. M. Hollande réclame à l'Europe un "plan de relance à hauteur de 200 milliards d'euros", c'est l'objectif. Sur combien de temps on ne sait pas, mais on peut déjà prévoir que ça se fera sur plusieurs années (probablement sur deux ou trois ans) : soit en moyenne et au mieux, 10 milliards d'euros sur deux ans et par pays... Quand le pseudo-sauvetage de la Grèce a déjà coûté 350 milliards d'euros, juste pour donner un ordre de grandeur.

    Sans entrer dans le débat technique (pour ou contre), on voit bien le ridicule de la situation, qu'on voudrait nous faire passer pour une bataille décisive...

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  3. Bis repetita.
    Je suis tout à fait d'accord.

    Emmanuel B.

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