François Hollande avait promis un exécutif resserré. Ce ne sera pas pour cette fois, puisque le gouvernement Ayrault compte 34 ministres et sous-ministres (oups) secrétaires d’Etat (re-oups) ministres délégués (ah ouais, c’est mieux là).
Mais cela était presque inévitable tant on avait traîné - notre vieux pays fossilisé traîne toujours quand il s’agit de « réformer » - pour créer certaines fonctions ministérielles pourtant indispensables.
Aussi, applaudissons sans barguigner à la nomination de Cécile Duflot comme ministre de l’Egalité territoriale et du logement. On l’ignorait jusque là mais on s’en apercevra vite : « l’égalité des territoires », c’est quand même incontournable. Félicitons-nous que l’on ait enfin abandonné la périphrase « aménagement du territoire » pour réhabiliter l’égalité entre ceux-ci. Grâce à ce ministère et à sa talentueuse occupante, gageons que la Seine-Maritime sera bientôt l’égale du Lubéron, que la commune de Buis-les-Baronnies sera l’égale de la région Bourgogne, et que toutes les communautés d’agglomérations naîtront et demeureront libres et égales en droit. Vouloir l’égalité des lieux, c’est aussi ça, être de gauche.
Félicitons-nous également de la création de ce beau ministère du Redressement productif inventé ce jour pour être confié à Arnaud Montebourg. Ministère dont l’appellation sonne comme un aveu quant à l’état réel de l’industrie française aujourd’hui. On aurait presque pu insister davantage, en préférant un ministère de la « Reconstruction de l’appareil de production suite à démembrement inconséquent pratiqué sans vergogne depuis trois décennies », mais en terme de sigle, ça donnait « MRaPsDIpSVdTD », ce qui est un peu long, il faut bien le concéder.
Félicitons-nous qu’il existe désormais, sous la houlette de Valérie Fourneyron, un ministère des Sports, de la jeunesse, de l’éducation populaire et de la vie associative. Car l’on n’y pense pas assez. Mais que deviendrait « l’éducation populaire » si elle n’avait pas son ministre dédié ? Ceci se mariera parfaitement avec l’incontournable ministère délégué à la Réussite éducative, à la tête duquel George Pau-Langevin fera sans doute des étincelles, même si l’absence de tout ministre subdélégué au « non-échec pédagogique» risque, au moins au début, de l’handicaper dans sa mission.
Réjouissons-nous enfin de la nomination de Pascal Canfin au poste clé de ministre délégué au Développement. Puisse-t-il répondre au plus vite à cette toute petite question subsidiaire et sans conséquence: « développement, oui, mais développement de quoi ? »
Quelques déceptions subsistent : il y en a toujours et nul gouvernement ne saurait être parfait. A un banal – et sans doute trop martial – ministère de la Défense, nous aurions volontiers substitué un ministère de la « Promotion des Valeurs humanistes par l’usage raisonné de la Force ». De même, Laurent Fabius aurait mérité d’intégrer le Quai d’Orsay en tant que ministre de « l’Amitié transfrontalière entre les Peuples », en lieu et place des Affaires étrangères.
Pour autant, il serait imbécile de bouder notre plaisir. Convenons-en, le changement, c’est marrant.
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L'éducation populaire, c'est un truc très précis. Présenté par un renégat de l'administration française de la culture, ça peut même être très drôle : http://www.scoplepave.org/conf_vid.html
RépondreSupprimer(attention, ça dure 2 heures)
Je croyais Nicolas Sarkozy définitivement parti mais le voilà déjà revenu place Beauvau en la personne de Manuel Valls, son clone "socialiste". Il est vrai qu’avec Valls, "le mot socialiste ne veut plus rien dire" (1).
RépondreSupprimer(1) « "Le mot socialiste ne veut plus rien dire", selon Manuel Valls » in Libération avec AFP, 10 juin 2009.
http://www.liberation.fr/politiques/0101573124-le-mot-socialiste-ne-veut-plus-rien-dire-selon-manuel-valls
L égalité des territoires pour une Journaliste talentueuse mais Parisienne ne veut rien dire et c'est bien pourquoi il faut un Ministère.
RépondreSupprimerEuh...parisienne..de manière tout à fait conjoncturelle.
SupprimerSur le total de mon existence, j'en aurais tout de même passé bien 60% dans des villes de moins de 40 000 habitants.
Et j'ai appris à lire à l'école élémentaire d'un village de 2000 âmes.
(ma vie, mon oeuvre :-) )
Comme quoi la chair est faible et les racines vite enterrées. notez que les choses ne vont pas en s'améliorant en milieu rural ,voyez vous, qu'il s'agisse de l'éducation nationale , de la médecine de proximité, de l'emploi et pour tout dire du simple ravitaillement quotidien.
SupprimerQuand il fait beau à Paris la météo des journaleux n'en concluent ils pas qu'il va faire beau demain.
Christiane Taubira, la tombeuse de Jospin, est remerciée pour l'ensemble de son œuvre, œuvre principalement anti-républicaine : elle obtient de marcher dans les escarpins de Rahida Dati.
RépondreSupprimerLe MRC quant à lui est une nouvelle fois cocufié, c'était écrit !
http://www.mrc-france.org/Le-MRC-deplore-un-decalage-entre-le-discours-du-rassemblement-et-la-composition-du-gouvernement-AFP_a324.html
Les candidats du MRC aux législatives clament à qui mieux-mieux leur loyauté envers Hollande et précisent qu'ils voteront sans état d'âme pour le droit de vote et d'éligibilité des étrangers. Cocus mais contents, comme dit la chanson !
Ministre délégué chargé de la « réussite éducative » : quelle drôle d’appellation ! Ministre de l’éducation, d’accord, mais ministre de la réussite, quel programme ! Donner pour intitulé à un poste ministériel l’objectif qu’on assigne au ministre, cela tient de l’incantation. Nous voilà revenus à la pensée magique. Il est vrai que nous avions déjà eu un ministère de la cohésion sociale et d’autres du même acabit. Mais il y a pire. Viser la réussite est certes justifié pour un sportif lancé dans une compétition, ou pour une entreprise baignant dans la concurrence mondiale, mais est-ce un objectif justifié pour un ministre chargé de l’éducation ? Cela mérite examen. Viser la réussite, c’est viser la réussite des élèves, et implicitement la réussite de tous les élèves. Or cela est aussi impossible que de dépasser la célérité de la lumière ou de descendre en dessous du 0° absolu. La réussite n’a de valeur que relative. Il n’y a pas de réussite sans comparaison. Sauf aux jeux olympiques façon Astérix avec potion magique, il n’y a pas de gagnants sans perdants, pas de réussite sans échec. Et donc, plus on promet la réussite, plus on fait de mécontents. Plus on vante la réussite, plus on rend l’échec insupportable. Plus on lutte contre l’échec, plus on en fait un problème insoluble. On peut par conséquent affirmer sans aucun risque de se tromper, aussi sûrement qu’on peut affirmer qu’un objet qu’on laisse tomber tombe, que la mission du ministre chargé de la réussite éducative sera un échec. Oui décidément il faut se méfier des incantations dans notre monde désenchanté…
RépondreSupprimer"A un banal – et sans doute trop martial – ministère de la Défense, nous aurions volontiers substitué un ministère de la « Promotion des Valeurs humanistes par l’usage raisonné de la Force »."
RépondreSupprimerExcellent ! (mais je gage que "ministère de la défense" sera transformé en quelque chose d'autre dans les années qui viennent)
François Hollande avait promis aussi de mettre fin au cumul des mandats. Or je constate que les ministres qui ne seront pas aussi élus députés seront virés.
RépondreSupprimerSi ce n'est pas du cumul de mandats, qu'est-ce que c'est ?
Sancelrien
Ministère de la « Promotion des Valeurs humanistes par l’usage raisonné de la Force »
RépondreSupprimerOui en effet c'est bien vu.
Il s'est appelé, ce ministère : ministère des Armées, ministère de la Guerre, ministère de la Défense, alors oui, pourquoi pas ? et que diriez-vous de ministère de la Guerre Juste ? ou ministère des Interventions Armées Humanitaires ?
Tout cela est au fond synonyme, synonyme dans l'aveuglement, car à l'origine il y a le mot sanscrit "var", qui signifie "défense", et qui a donné "guerre", en anglais "war" la guerre, en allemand "wehr" l'armée... Comment mieux exprimer, que par cette étymologie commune, les illusions que, depuis la nuit des temps, nous nous faisons sur l'usage de la violence ?