Le Front national a bel est bien changé de chef. Officiellement, en janvier 2011. Mais symboliquement le 1er Mai 2012, sur la place de l’Opéra à Paris.
Jusqu’alors, c’était sur la place des Pyramides que s’achevait le défilé du FN en souvenir de Jeanne d’Arc, et que son président prenait la parole. L’an dernier, c’est encore là que Marine Le Pen avait parlé (CLICK), célébrant son premier « 1er Mai » en tant que présidente du parti. Elle avait discouru longuement - mais sans assurance excessive - de l’Europe, du chômage, de l’école, sans guère susciter d’explosion de joie que lorsqu’elle évoquait « l’immigration ». Préalablement, le nom de « Jean-Marie », avait été longuement scandé avec, semblait-il, davantage de conviction.
Cette fois, les évènements avaient une autre allure. Le cortège lui-même avait fait précisément la route inverse, pour s’achever loin de la statue de « La Pucelle », dont il ne demeurait qu’une photo dressée sur la scène, assortie d’un vert pâturage, d’un drapeau tricolore et du slogan « Oui, La France », inauguré lors du premier tour. « L’autre place était trop petite », explique un militant. C’est une explication possible. Mais la volonté de « rupture dans la continuité », ostensible, en est une autre. Et si Jean-Marie le Pen est encore très vivement applaudi, son long discours à la gloire de « Jeanne », truffé de références historiques et empreint de nostalgie, semble lasser un peu alentour. On l’écoute avec la déférence due au fondateur, mais celle que l’on attend, incontestablement, c’est « Marine ».
Exit la Pucelle d’Orléans aussitôt que cette dernière entre en scène. Marine Le Pen n’est pas vraiment là pour commémorer le passé. Plutôt pour préparer l’avenir. Elle a confiance, et cela se voit. Elle pense détenir « l'arme absolue : la vérité et le bon sens », arme qui lui aurait valu son « extraordinaire réussite à l’élection présidentielle ». Car avec 17,9 % des voix au premier tour, soit 6,4 millions d’électeurs (un record pour le FN) l’élue d’Hénin-Beaumont en est certaine : « nous sommes devenus le centre de gravité de la politique française. Le débat se structure autour de nos propositions (…) nous avons posé les fondations de notre proche arrivée au pouvoir ».
Cette « arrivée au pouvoir », elle l’évoquera a plusieurs reprises : « à 18 %, ils parlent comme nous. Mais à 30, 35 ou 40%, ce sont nos idées qui seront au pouvoir » harangue celle qui se considère comme « l’arbitre de l’élection présidentielle ».
A juste raison. L’imperméabilité qui a pu exister par le passé entre la droite dite « de gouvernement » et la droite radicale semble une relique. C’est la porosité, désormais, que l’on observe. Porosité des discours, bien sûr. Sur L’Europe ou sur l’immigration, l’inflexion de la doxa sarkozyste n’a échappé à personne. Mais porosité des postures également. Le Ministre de la Défense, Gérard Longuet, ne vient-il pas d’assurer au journal Minute qu’il « est possible de parler avec Marine Le Pen » ?
Aussi, cette dernière peut se prendre à espérer. En cas de défaite – probable – de la droite le 6 mai, la reconfiguration de cette famille politique autour du Front national, annoncée par de nombreux observateurs, pourrait bien ne pas se limiter à la seule Droite populaire.
Pour intégrer d’éventuels ralliés, l’ex-candidate a d’ailleurs tout prévu. En vue des élections législatives, elle promet la pérennité d’un « rassemblement bleu marine », créé en mars dernier pour accueillir des « souverainistes » peu désireux d’adhérer au FN. Et si l'appellation laisse le public fort sceptique, ce rassemblement a vocation à s’étendre, et à regrouper les candidats frontistes…et les «affiliés».
Ainsi qu’elle l’avait fait dès le premier tour (CLICK) c’est à la droite que Marine le Pen s’en prend avant tout. Et pour cause : elle a beau s’en défendre, c’est à droite qu’elle se situe, et c’est sur les décombres de la droite sarkozyste qu’elle escompte bâtir son avenir.
Dès lors, outre Jean-Luc Mélenchon, dont la seule évocation du nom fait fuser les sifflets et les « communistes : assassins » en rafale, les deux autres personnalités les plus longuement huées seront Nathalie Kosciusko-Morizet – auteur d’un brûlot anti-FN – et, bien évidemment Nicolas Sarkozy.
Le public comprend vite. « Tu as vu ce qu’elle met à Sarkozy ? » dit un jeune homme. « J’espère qu’elle ne va quand même pas appeler à voter Hollande », répond un autre. Ce dernier avoue avoir « voulu Sarkozy en 2007 », tout en précisant : « cette fois-ci, j’irai à la pêche. Sarkozy nous a trop cocufiés ». Le mépris est très net pour ce président-candidat dont on affirme, ici, n’être pas dupe un instant de sa tentative de récupération.
Quant à Marine Le Pen, si l’on perçoit nettement qu’une défaite de la droite ferait volontiers son affaire, elle n’appellera évidemment pas à voter François Hollande. Elle ne donnera d’ailleurs aucune consigne de vote à proprement parler. Appelant ses troupes à la responsabilité individuelle, et refusant de les considérer « comme des enfants », elle assène : « vous êtes des citoyens libres et vous voterez selon votre conscience, librement ».
Quant à Marine Le Pen, si l’on perçoit nettement qu’une défaite de la droite ferait volontiers son affaire, elle n’appellera évidemment pas à voter François Hollande. Elle ne donnera d’ailleurs aucune consigne de vote à proprement parler. Appelant ses troupes à la responsabilité individuelle, et refusant de les considérer « comme des enfants », elle assène : « vous êtes des citoyens libres et vous voterez selon votre conscience, librement ».
« A titre personnel… » poursuit-elle, cependant qu’un silence presque total se fait. Marine Le Pen, savourant l’attention religieuse qu’on lui accorde fait durer le suspense quelques longues minutes. « A titre personnel » lâche-t-elle enfin « je n'accorderai ni confiance, ni mandat à aucun des deux candidats. Dimanche, je voterai blanc, et en juin, bleu marine ». Des cris de joie se font entendre, mais on n’est guère surpris. La décision était prévisible : « on ne choisit pas entre Pepsi et Coca, ni entre Quick et MacDo », explique doctement un habitué.
On mesurera à l’occasion des élections législatives si la confiance de Marine Le Pen dans son attelage « bleu marine » était justifiée. Quoiqu’il en soit, la patronne du FN envisage de pouvoir former un groupe parlementaire réunissant des députés qui, à l’instar de ceux du PVV de Geert Wilders au Pays-Bas - qui vient de provoquer la démission du Premier ministre néerlandais en lui retirant son soutien au Parlement - ne seraient « ni à vendre, ni à acheter ».
Ce ne serait là encore qu’un pas. In fine, Marine Le Pen en est sure : « l'élection à la présidence de la République n'est pas pour cette fois, mais nous avons posé les fondations (...) notre victoire est inéluctable ».
Lire et relire :
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A Lille, Marine Le Pen s'enferre à droite CLOCK
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« savourant l’attention religieuse qu’on lui accorde fait durer le suspense quelques longues minutes. » Vous, au moins, vous ne faites pas dans l''exagération…
RépondreSupprimer« on ne choisit pas entre Pepsi et Coca, ni entre Quick et MacDo », putain j'adore XD
RépondreSupprimerQuoi qu'il en soit, qu'on soit son opposant ou pas...c'est incontestablement une victoire pour elle.
La suite promet d'être passionnante.
Qu'on soit d'accord ou non avec le FN faut bien admettre qu'il est en train de renouveler/bouleverser l jeu politique en place depuis Mitterrand...et ça fait du bien un peu d'air frais.
En fait d'air frais je le trouve plutot nauseabond.
Supprimertoujours la même rhétorique, à force de vous boucher le nez vous devriez être mort...
SupprimerGrandissez un peu et apprenez le dialogue ça vous ferez pas de mal
Belle journée...Marine, toujours égale à elle-même, d'une force
RépondreSupprimerincroyable ! Y'a pas à dire, elle et Sarko sont les meilleurs politiques et animateurs du moment. Le pauvre Hollande je l'ai trouvé ringard au possible à Nevers qui s'est épanché sur sur un ancien premier ministre..étrange cette stratégie ! Et il s'est
relâcher avec son humour patelin ! J'ai voté Marine le 22 avril
mais le 6 Mai ce sera Sarko, car 5 ans ce serait au-dessus de ma patience que de "subir" FH ! Mais pour les législatives OK pour Marine pour l'Assemblée, mais encore faut-il qu'elle ait des
candidats qui soient aptes à la fonction...ce peut-être son problème ?
Anonyme, je pense que c'est bien ça son problème, et dans l'analyse de C.Delaume (qui certes écrit fort bien et de façon sans doute captivante, pas forcement ici mais quand elle ne verse pas dans la sarkophobie) on ne comprend pas très bien où elle pourrait former un groupe parlemantaire, dans quelles circonscription le FN est en mésure de l'emporter? Le Nord par exemple n'a pas l'air d'être une terre sarkozyste, peut-être elle recuperara Vanneste mais enfin là aussi j'ai des doutes.
SupprimerNein, nein, nein, Marineu (prononcer ave l'accent) n'est réellement ni de droite ni de gauche, elle est jacobine, de la même façon que le PS n'est que l'héritier des Girondins. Nous sommes dans un combat fascinant entre jacobins et girondins, ceux-ci, minoritaires, ont appelé les étrangers à l'aide. C'est un combat de civilisation, la poursuite de la guerre civile de la Révolution. Marine Le Pen pourrait être comparée à un noble qui se battait du bon côté.
RépondreSupprimerJe crois que le PS continuera à tenir l'espace girondin et, si les triangulaires devraient faire énormément de mal à l'UMP, c'est parce que les deux camps se disputent en bonne partie, le même espace, jacobin et, en partiellement, les mêmes électeurs.
Merci de bosser autant. L'enjeu du prochain quinquennat n'est-il pas tout simplement la démocratie? Hollandréou ne prétextera-t-il pas le probable excellent score de Ririne pour neutraliser la démocratie? Ou même, comment imposer une politique à la grecque et conserver la démocratie?
Jard.
"Les deux camps" (ligne 10) = UMP, FN.
Supprimerrejard.
analyse intéressante et en partie vrais. Mais le FN jacobin (montagnard en fait) certe mais bien plus que l'UMP qui s'est faite bouffer par son aile centriste et est devenue un toutou de l'UE.
SupprimerL'électorat souverainiste et nationaliste va avoir du mal à pardonner cela...
Même si les lignes bougent en ce moment(et c'est très bien) ce n'est pas pour tout de suite le rassemblement...peut être avant 2017, qui sait...
PH
@ Coralie Delaume
RépondreSupprimerVous continuez à parler de décombres de la droite sarkozyste mais je vous signale qu'ici dans les Alpes Maritimes sarkozy est arrivé premier devant marine le pen. Pareil pour le Var. Je crois au contaire qu'aux législatives marine le pen aura bien du mal à s'imposer dans les terres sarkozystes, il est bcp plus facile qu'elle ejecte des deputes ump moderés ou pseudogaullistes
Oui dans las alpes -maritimes,endroit où le chomage est le plus haut pour les seniors,là où on fait croire que se sont les immigrés qui prennent la place des autres "les français de souche" n'oublions pas que la majorité sont des italiens de souche que les français ont fait pareil avec eux il n'y a pas si longtemps.
RépondreSupprimerLe programme de Marine ,retombera sur tous ceux qu'ils croient en elle,alors là comme avec nicolas sarkosy,la "complainte de la plainte"se chantera aussi vite.
Aujourd'hui le vrai travail,demain le vrai français,ensuite le vrai chomeur,mais où fait, eux sont-ils vrai?Eux qui promessent la lune aux beaux petits moutons,que certains veulent bien suivre,mais chacun est libre de prendre ses responsabilités, mais cela fait peur,"vox populi". Enfin quand je vois les petits jeunes qui ne comprennent absolument rien,les autres qui ne lisent jamais une revue économique à part quelques érudits,sans vouloir vexé personne.Heureusement que le "net" nous met sur d'autres voix,pour lire autre chose...Merçi encore Coralie
Anonyme vous avez une vision assez étrange des A.M. j'avoue ne pas connaître le taux de chômage des seniors des A.M., mais je vous signal que l'ancien maire Peyrat ex FN recuperé par CHIRAC était tout à fait dans ce discours en disant qu'il y a trop de musulmans à Nice, on ne peut pas s'en doute dire la même chose du "sarkozyste" Estrosi qui est bien plus moderé dans ses propos en tout cas depuis qu'il est maire. Dans les A.M. les gens ne sont pas cons, on fait croire rien du tout, il y a d'abord un fort électorat pieds-noirs, surtout pour LUCA, pour les immigrés qui prennent la place des français de souche parfois c'est tout à fait vrai, mais à Nice il y a une forte immigration de "français de souche" du nord et d'autres endroits de France. Si la droite gagne c'est gràce à la bonne gestion ce qui n'est pas le cas de la gauche dans le nord. Le "sarkozysme", n'empêche pas à nice d'avoir le bus à un euro pour TOUT le département, donc avec un euro vous allez à la neige ou à cannes. Programmes financé par le départemnt de droite.
SupprimerComment en arrive-t-on à cette situation, apparemment absurde, où les descendants du vote Léon Blum se sont tournés vers le FN?
RépondreSupprimerLe PS, réincarnation de la bourgeoisie pétainisante, s'arrime à l'Allemagne, banal jusque là, mais sur un discours de gauche, humaniste, internationaliste. C'est de là que nous sommes entrés dans une folie politique. La réalité est l'explosion des inégalités, la fin de la démocratie et le regroupement des immigrés, comme par hasard, la fin de l'égalité, la liberté et la fraternité. Les classes populaires françaises, souffrantes et seules, sont allées peu à peu vers le FN, le seul à leur parler de la France. Le FN sous pression de ces électeurs, se rapproche de plus en plus des préoccupations populaires.
Si les Républicains sont incapables de s'organiser, ils peuvent parler. C'est peut-être trop tard mais il aurait fallu dire que la France c'était la lutte pour la devise républicaine, il aurait fallu mettre en mots le malaise général et le présenter d'une façon positive. On peut ainsi juger du désastre idéologique, nous avons des militants politiques de couleur qui croient que pour lutter contre ce qu'ils prennent pour du racisme fançais, il faut se coller à l'Allemagne dont le taux d'unions mixtes, en 1990, était celui de l'apartheid.
Jard.
Je n'ai pas compris votre dernière phrase, je doute fort qu'en Allemagne le taux d'union mixtes soit si faible (cfr les marriages entre soldats noirs américains et les femmes allemandes, n'oubliez pas en plus que les turcs sont bcp plus réticents au mariage mixtes) si ce sont les "enquêtes" bidon de Todd je n'y crois pas du tout, il a fait croire aux français pendant vingt ans qu'ils étaient les champions des unions mixtes alors se basant sur une enquête des années '90 (la sienne) depuis plus aucune enquête. Pour le reste je ne vois pas pourquoi les immigrés qui ont un compte à regler avec le passé colonial de la France devrait haïr l'Allemagne...
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