vendredi 23 mars 2012

Opération du RAID : et vous, auriez-vous fait mieux ?




« La critique est aisée mais l’art est difficile »…surtout en période électorale. Les policiers du RAID, qui auraient pourtant bien mérité un peu de repos, sont en train d’en faire l’amère expérience.

Ils n’ont pas pris Mohamed Merah vivant : l’homme, qui avait annoncé vouloir mourir « les armes à la main » est mort… les armes à la main : quelle considérable surprise !
Un jeune homme fanatisé, désireux de recevoir la mort, et justement cerné par une unité de police lourdement armée, est parvenu à se faire tirer dessus : quel épilogue inattendu !

Depuis, le groupe Recherche assistance intervention dissuasion de la Police nationale subit quelques mises en cause. Certaines, fort maladroites, sont le fait de politiques en campagne ne bénéficiant pas forcément de la même aptitude au sang froid que les policiers du RAID, et que l’usage intempestif du réseau social Twitter conduit parfois à écrire plus rapidement qu’ils ne pensent :



Depuis lors, Jean-Jacques Urvoas s’est heureusement excusé. Malgré tout, on aurait préféré qu’il s’abstienne, lui et tous ceux qui se sont brutalement découvert, au cours des dernières 72 heures, une aptitude nouvelle pour l’interpellation de suspects surarmés et atteints de troubles graves de la personnalité.

Par chance, François Hollande n’est pas tombé dans le piège de la critique facile. A bon escient et avec la dignité qui convient, il a salué « le courage et la détermination du RAID » et exprimé sa « solidarité avec les policiers blessés ». C’est bien le moins….

Viennent ensuite les critiques des « experts », ces maîtres à penser de notre époque, qui sont légitimes parce qu’ils sont « des spécialistes ». Ainsi relaie-t-on tant et plus les propos tenus par Christian Prouteau, fondateur du Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale (GIGN), pour lequel l’opération du RAID aurait été « menée sans schéma tactique précis ». « Comment se fait-il que la meilleure unité de la police ne réussisse pas à arrêter un homme tout seul ? » chipote-t-il, avant d’ajouter : « cela peut paraître présomptueux, mais, en soixante-quatre opérations menées par le GIGN sous mon commandement, il n'y a pas eu un mort ».

Oui, cela peut paraître présomptueux, mais pas seulement : cela est également inutile, gratuit, et mesquin. Surtout, cela n’exprime rien d’autre que la rancœur d’un gendarme face au choix qui a été fait par l’exécutif de privilégier une intervention policière et non militaire – ce qui était somme toute logique : Toulouse est située en zone Police.

La guéguerre des polices n’est pas chose nouvelle, et on préfèrerait qu’elle ait lieu loin de nos yeux et de nos oreilles, car les considérations d’ordre technique ont davantage leur place entre les quatre murs d’un bureau de la place Beauvau que dans les colonnes de nos journaux : fallait-il utiliser des gaz lacrymogène pour invalider Mohamed Merah ? Fallait-il lui tendre un piège et le capturer lorsqu’il sortirait de chez lui ? Cela se discute sans doute, mais entre professionnels. Que monsieur Prouteau aille donc présenter ses doléances à Claude Guéant, patron de la Police mais également de la Gendarmerie, puisque celle-ci a été rattachée au Ministère de l’Intérieur en 2009.

En attendant, le « tueur présumé » est mort, et c’est regrettable, parce qu’on ne pourra pas l’interroger. Mais il a, avant cela, blessé plusieurs hommes du RAID. Fallait-il que ces derniers, non contents d’avoir jonglé pendant plus de 30 heures entre des donneurs d’ordres en campagne électorale et un fou dangereux, se fassent tuer ? Est-ce là tout ce que la Patrie reconnaissante a à leur offrir désormais : le reproche de n’avoir pas encore pris assez de risques pour satisfaire l’inextinguible goût du sang que réveille immanquablement les faits divers les plus sordides ?

Las, notre époque n’a décidément pas le goût de l’épopée. Notre modernité « techno » et avide de « transparence » est la pleine et entière réalisation de ce que le philosophe Nietzsche annonçait. Nous voilà rendus dans la ville de la « Vache multicolore », cette contrée où règne le grand n’importe quoi, où chacun est spécialiste en tout, où tout individu est qualifié pour juger les autres, et où, bien sûr, tout le monde estime avoir « le droit de savoir ».

Mauvais temps pour ceux qui osent risquer leur vie: ils auront toujours un « expert » sur le dos. Ou un « citoyen conscientisé ». Ou un juge, un censeur, une bonne âme volontaire pour faire « toute la lumière », une fois que les armes se sont tues, sur « l’échec de l’opération ».

Nous est-il si dur, à nous, simples spectateurs, de reconnaître que, très vraisemblablement, nous n’aurions pas osé pénétrer dans l’appartement où était retranché Mohamed Merah ? Est-il si compliqué d’admettre que trente heures d’une attente pleine d’angoisse eussent été, pour la plupart d’entre nous, tout simplement insupportables ?

Est-il si difficile d’admettre que les policiers du RAID ont tout simplement été, à Toulouse, ce que la plupart d’entre nous n’auront jamais - et c’est tant mieux - l’occasion d’être : des héros ?

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jeudi 22 mars 2012

Protectionnisme européen : le débat au Parlement, c'est maintenant.



L’association « Manifeste pour un débat sur le libre-échange » est un groupe d’universitaires et d’économistes persuadés que l’un des enjeux essentiels de la campagne présidentielle de 2012 concerne la place et la stratégie de la France par rapport à la mondialisation.

En juin 2011, estimant à environ 50% le nombre des chômeurs français induits par le phénomène de la concurrence déloyale, ils ont commandé à l’IFOP un sondage d’opinion relatif au protectionnisme. Les résultats en sont édifiants. Selon cette enquête, 80% des Français sont favorables à un protectionnisme aux frontières de l’Europe, qui soit susceptible de protéger les travailleurs de l'Union des différences sociales (coût du travail notamment) et écologiques pouvant exister entre le Vieux Continent et les pays dits "émergents".

Quelques mois plus tard, la même équipe a financé un sondage du même ordre, mais étendu à plusieurs pays d’Europe. La présentation de cette enquête - qui montrait que 2/3 des Italiens, Espagnols et Allemands souhaitent la réinstauration de droits de douane aux frontières de l’Europe – avait été accompagnée, en septembre 2011, d’un colloque auquel participaient plusieurs présidentiables, et dont vous pouvez consulter un compte-rendu ici.

Aujourd’hui, « Manifeste pour un débat sur le libre-échange » s’associe avec le « Forum démocratique » pour promouvoir une « Initiative citoyenne pour un protectionnisme européen » (ICE). L’objet ? Organiser un vaste appel à pétition dans neuf pays de l’Union, afin d’obtenir que soit enfin débattue au Parlement de Strasbourg la question du protectionnisme européen.

Cette initiative est soutenue par de nombreux économistes, dont Jacques Sapir, Hervé Juvin, Jean-Luc Gréau, Philippe Murer, Jean-Claude Werrebrouck, Bernard Cassen ou encore Gérard Lafay.

L’ICE possède d’ores et déjà un site, à consulter ICI.
Par ailleurs, il n’est pas interdit de commencer d’ores et déjà à signer (CLICK)


Lire  et relire :
"La démondialisation", atour du livre de Jacques Sapir  CLICK
Un entretien avec Hervé Juvin  CLACK
Inflation allemande, terreur atavique ou erreur historique ?  CLOCK

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mardi 20 mars 2012

« L’immigration n’est ni une chance, ni une menace mais une question politique »

Entretien avec Laurent Bouvet
- Deuxième partie -
(voir la première partie : CLICK)

Laurent Bouvet est politologue
Il vient de publier "Le Sens du peuple", Gallimard, 2012
Consulter son blog

Vous expliquez comment la gauche antitotalitaire, parce qu’elle peine à se défaire du souvenir de l’URSS et se méfie donc tout à la fois du peuple (en tant que masse) et de l’Etat, a favorisé le modèle individualiste et multiculturaliste. N’y a-t-elle pas été largement aidée par une autre gauche, « l’anticolonialiste », qui se défie de l’Etat par internationalisme, et voit des « néo-colonisés » partout ?

Oui tout à fait. C’est d’ailleurs en grande partie la « même » gauche. L’anticolonialisme et l’antitotalitarisme ont de nombreuses caractéristiques communes – au-delà de la gauche d’ailleurs bien évidemment. Mais ce que vous dites est très juste : l’existence d’un sentiment de culpabilité à l’égard du passé colonial du pays a contribué à construire et à renforcer le multiculturalisme normatif dont je parlais plus haut.

On en retrouve la trace non seulement dans l’idée, légitime, qu’il y a une attention particulière, au regard de l’Histoire, à porter à des populations dont les droits ont été niés par exemple mais encore dans celle, moins évidente, que l’immigrant notamment, s’il vient d’un ancien pays colonisé, serait nécessairement plus légitime que l’habitant du pays d’accueil. Qu’il y aurait un dû à payer par les sociétés colonisatrices d’antan, même si c’est au détriment de leurs propres populations. Cette forme de culpabilité actualisée a pu conduire certains à défendre, coûte que coûte, des prescriptions normatives du type « l’immigration est une chance pour la France », et ainsi de justifier, par exemple, au moment même où la crise économique sévissait, des pratiques de concurrence sur les emplois à bas salaire entre résidents et immigrants. Ce qui n’a pas été neutre dans la montée en puissance des mouvements néopopulistes dont le Front national en France est l’exemple-type.

Outre qu’il s’agit d’un comportement, à gauche, d’auxiliaire d’une « flexibilisation » par le bas du marché du travail et d’un patronat parfois sans scrupules en la matière, on peut estimer que politiquement ce n’est pas d’une grande habileté. Cela installe l’idée d’un faux débat entre l’immigration-chance et l’immigration-menace.

Un faux débat qui relaie néanmoins une question que tout le monde se pose : doit-on redouter ou se réjouir de l’immigration ?

L’immigration n’est ni une chance, ni une menace. Elle n’est qu’une question politique, économique, sociale, culturelle… qui se pose à toute grande société ouverte. Et doit être traitée comme telle, en fonction des intérêts du pays, de la zone (l’Europe en l’occurrence pour la France), et non de manière idéologique. Hélas, à gauche, on trouve en la matière encore beaucoup d’idéologie sur ce sujet. Beaucoup d’impensés et de tabous, dont le seul résultat tangible n’a pas été d’améliorer le sort de ceux que la gauche prétend défendre et aider mais plutôt de renforcer leur stigmatisation – notamment en aidant à croître les idées du Front national – et, au sein de ces populations, certaines parties radicalisées, peu enclines à l’intégration et au vivre ensemble.

Ce qui est valable ici pour l’immigration vaut bien entendu avant tout pour l’islam compte tenu des crispations suscitées ces dernières années autour de cette religion. En bref, il me semble que l’attitude excessivement multiculturaliste d’une partie de la gauche a favorisé davantage que combattu l’influence parallèle du Front national et des extrémistes musulmans dans notre pays. Si la gauche revient au pouvoir en 2012, il faudra sortir de cette impasse et des faux débats qui y ont conduit.

Lorsque vous parlez du populisme, vous affirmez que beaucoup de populisme nous éloigne de la démocratie, mais qu’un peu nous en rapproche… peut-il y exister un « bon » populisme ?

L'expérience historique du XXe siècle a permis de comprendre que le populisme soulève au moins autant de problèmes qu'il prétend en résoudre. Pourtant cela n'a suffit ni à l'éteindre ni à le disqualifier comme mode de protestation politique dans le cadre démocratique. La radicalité de son propos central, contre tout ce qui fait la subtilité démocratique, ne pouvant jamais briser le lien étroit qui l'attache à la démocratie elle-même. Car le peuple de la démocratie est le même peuple que celui du populisme. Ce qui fait que pour le comprendre, ce à quoi l'époque contemporaine nous oblige, et, si nécessaire, le combattre, ce à quoi les événements peuvent nous contraindre, il ne faut pas le rejeter comme la pathologie de la démocratie, définitive et odieuse, dont il prend si souvent la forme mais plutôt lui restituer son caractère dialectique.

Le populisme est en effet le mal démocratique dans les deux sens du terme : il l'affaiblit en la menaçant mais il l'alarme aussi sur ses insuffisances et ses dérives. Cela ne veut pas nécessairement dire qu'il y aurait un bon et un mauvais populisme, encore moins parce qu'on pourrait qualifier le premier de gauche alors que le second serait de droite voire d'extrême-droite. Cela signifie plutôt qu'il faut en accepter l'incontournable présence dans la politique démocratique, qu'il faut même sans doute l'encourager comme composante d'une critique indispensable de l'ordre démocratique, tout en en reconnaissant les limites et en refusant fermement leur dépassement. Cette responsabilité lourde autant qu'inévitable est celle du peuple tout entier. C'est d'abord et avant tout pour cela que la gauche doit se remettre à l'écouter et à mieux le représenter, qu'elle doit en retrouver le sens.

Après que François Hollande a prononcé le discours - considéré comme fondateur - du Bourget, le pensez-vous sur la bonne voie pour retrouver « le sens du peuple », et reconquérir cet électorat naturel de la gauche ?

Le discours du Bourget représente incontestablement un moment-clef de la campagne de François Hollande, et même, sans doute, au-delà, en ce qu’il a remis en cause un certain nombre des évolutions et des présupposés des 30 dernières années au PS et à gauche. Est-ce qu’il sera suffisant pour assurer la reconquête des catégories populaires ? Je n’en sais rien. On ne modifie pas ainsi en quelques mois de campagne des années d’évolution. Le candidat du PS lui-même est le produit de toutes ces années. Il a été formé et je dirais forgé dans le creuset du socialisme français des 30 dernières années dont tout ce dont nous venons de parler est une composante essentielle. Mais dans le contexte institutionnel français, une campagne présidentielle est en même temps un moment très privilégié pour faire « bouger les lignes » comme l’a dit un autre candidat de la gauche. Espérons qu’il en soit ainsi.

Au-delà, ma préoccupation n’est pas celle de la victoire de la gauche qui me semble assez imparable compte tenu de l’état de la droite et surtout de la qualité très faible de son leader après ses 5 années de présidence – une présidence ratée pendant laquelle Nicolas Sarkozy a divisé et affaibli le pays. Ce qui me paraît plus important, ce sont les conditions de l’exercice du pouvoir que rendra possible la victoire. Sur quel socle sociologique la gauche au pouvoir va-t-elle s’appuyer ? Est-ce qu’il sera suffisamment large et profond pour lui permettre de durer et surtout d’agir dans la durée ?

C’est là que l’idée de « sens du peuple » (l’expression est du grand historien Michelet) prend tout son sens. Eprouver le sens du peuple, ce n’est pas seulement mobiliser les catégories populaires, celles qui ont été longtemps oubliées par la gauche, pour gagner une élection, c’est donner à tout le peuple, celui des citoyens, celui de l’égalité sociale et celui de la reconnaissance commune, dans une conception ouverte et moderne de la nation, la perspective de sa pleine et entière expression. C’est donner au peuple, collectivement, ensemble, toute sa place. Bien au-delà des désirs, besoins et identités individuelles. C’est la tâche historique de la gauche, en France et ailleurs, tout particulièrement en des temps difficiles comme ceux que nous traversons.


Retrouvez les entretiens de l'arène nue
Entretien avec Bernard Conte sur l'économie, l'Europe   CLICK
Entretien avec Catherine Kintzler sur la laïcité   CLACK
Entretien avec Jean-Paul Brighelli sur l'école, l'éduction   CLOCK
Entretien avec Hervé Juvin sur l'économie, l'Europe   CLOUCK

Lire également
Recension du livre "Plaidoyer pour une gauche populaire"   CLECK
La "Gauche populaire", késako ?   CLYCK
Première partie de l'entretien avec Laurent Bouvet  CLONCK
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Violence du racisme, indécence de " l'antiracisme "




Hier soir, une marche a réuni des milliers de personnes dans les rues de Paris. Des milliers d’anonymes émus, choqués, inquiets, après le meurtre spectaculaire de trois militaires, de trois enfants et d’un professeur, bref, de sept Français, abattus en plein jour dans les rues de Toulouse et de Montauban, sans doute parce qu’ils étaient un peu trop juifs, un peu trop musulmans, un peu trop arabes.

Cette marche était silencieuse, car c’est le moins que l’on puisse faire quand il n’y a pas de mot. Pas de mot pour exprimer la condamnation, bien sûr. Mais pas de mot non plus pour exprimer l’effarement face à cette énigme : qui est cet homme casqué qui tue de sang froid d’autres humains en pleine rue ? Qui est ce semblable si dissemblable ?

Le silence, donc, parce que parfois, il s’impose. Question de tact. Question de dignité. D’ailleurs, les candidats à l’élection présidentielle ont interrompu leur campagne l’espace de 48 heures, et annulé leurs diverses activités.

Il en est d’autres, en revanche, qui n’ont rien annulé du tout. Quelques petites célébrités, quelques affamés de micros, quelques avides de caméras. Eux n’ont pas jugé bon de garder le silence, non. Cependant que d’autres marchaient vers la Bastille sans un mot, le jury des « Y’a bon awards 2012 » a préféré mener jusqu’au bout sa sinistre entreprise de lynchage symbolique au milieu du tapage boboïde du Cabaret Sauvage.

Les « Y’a bon awards », c’est un petit symposium dégoûtant organisé depuis quatre ans sous la houlette des Indivisibles, l’officine qui s'autoproclame « antiraciste », qui a pour égérie Rokhaya Diallo et qui prétend lutter contre « les préjugés ethno-raciaux et en premier lieu, celui qui nie ou dévalorise l’identité française des Français non-Blancs ».

Au cours de la cérémonie des «Y’a bon awards », cette bande de joyeux drilles décerne des trophées de xénophobie à des personnalités qu’elle juge racistes, en vertu du pouvoir qu’elle s’autoconfère. Pour ce faire, un « jury » sorti de nulle part établit une liste de « racistes », et leur impute des fautes plus ou moins graves : pour les Indivisibles comme pour tous les lyncheurs, « Y’a bon les listes ».

Lundi 19 mars 2012, donc, alors que toute la France s’offrait une pause, les militants de la « France non-Blanche » désignaient leur poignée de victimes expiatoires, à l’issue « d’une soirée où l’humour avait toute sa place » et « sous les rires du public », parce que décidément, c’était vraiment le soir idéal pour se marrer entre potes.

Parmi les « racistes » d’hier soir figuraient donc l’écrivain Richard Millet, la sénatrice PRG Françoise Laborde, le patron de l’Express Christophe Barbier, ou encore…Caroline Fourest. Cette dernière était jugée coupable d’avoir dénoncé « les associations qui demandent des gymnases pour organiser des tournois de basket réservés aux femmes voilées ». C’est vrai, on avait oublié : la pratique du sport dans des lieux non-mixtes est le nec plus ultra de l’antiracisme, et la stricte séparation des hommes et des femmes représente une grande avancée des valeurs universelles. Merci aux Indivisibles pour ce rappel nécessaire.

A la fin du prospectus présentant leur petite sauterie, les amuseurs publics de la diversité stipulent, feignant la surprise : « pourtant invités, aucun des lauréats n’a répondu aux Indivisibles, ni n’est venu chercher son trophée ».

Permettons-nous ici une hypothèse : hier soir à 20h00, peut-être ces « lauréats » étaient-ils quelque part entre la place de la République et celle de la Bastille, en train de participer…à une marche silencieuse ?

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dimanche 18 mars 2012

Marine Le Pen est elle écolo ?




Hier samedi 17 mars, Marine Le Pen était à Ajaccio pour y tenir meeting. Elle a prononcé un discours d’une heure dix au cours duquel elle a égrené ses thèmes de prédilection, des traditionnels aux plus récents, de l’islam et de la viande halal à l’Europe des marchés et à la monnaie unique.

Rien là de très nouveau, sauf peut-être au sein d’une introduction et d’une conclusion dont le but manifeste était de séduire les nationalistes, pudiquement désignés comme « ceux qui ont pensé que la France était leur ennemie, et qui se sont lancés dans un combat fait de déchirement et malheureusement, de deuil ».

Dès lors, d’une manière qui défie toute les lois de la logique et de la cohérence, à une harangue par ailleurs émaillée de références à « la République » se trouvèrent adjoints un incipit et un épilogue à la gloire de « l’âme corse » que ne renieraient sans doute pas…les plus régionalistes d’entre les militants d’Europe Ecologie – les Verts.

Marine Le Pen, thuriféraire en toutes circonstances de « la Nation », aurait-elle ingurgité, avant de prendre la parole à Ajaccio, un excès de tisane bio à base d’autonomisme écolo ? A comparer deux discours, le sien prononcé hier, et celui déclamé par Eva Joly à l’Université d’été de Régions et Peuples solidaires (août 2011), on peut à juste titre se poser la question.

On imagine assez volontiers que la candidate écologiste puisse prononcer cette phrase : « nous voulons encore, suivant en cela les modèles espagnol ou canadien, que chaque région puisse avoir un statut différent, des compétences différentes, en fonction de ses propres revendications. Nous voulons enfin que la région soit avant tout un espace politique de débats démocratiques et de prises de décisions au lieu de devenir simplement un territoire en concurrence avec d’autres ».

On envisage moins volontiers - et pourtant c’est ce quelle fit -que la désormais très jacobine Marine le Pen puisse lui emboîter le pas en ces termes : « nous allons vous aider à construire votre région (…) c’est ici, en Corse, sur cette terre chargée d’histoire que j’annonce que je réunirai, dans chaque région française, des commissions d’universitaires et d’historiens avec, aux termes de leurs travaux, des programmes d’enseignement incluant obligatoirement l’apprentissage de l’histoire du territoire dans lequel on a choisi de vivre ».

De même, on n’imagine pas Marine Le Pen se livrant à un éloge de « la diversité ». C’est ignorer que pour elle, « la diversité », il y en a une fausse et…une vraie. Et la candidate frontiste d’affirmer : « la vraie diversité de la France est celle-là : c’est celle de ses Régions et de ses coutumes ». On croirait entendre l’écho d’une Joly affirmant en août dernier : « il convient de développer les compétences et de renforcer les budgets des régions dans le cadre d’une réflexion sur la décentralisation qui doit laisser la place à la diversité ».

A cet instant, on se dit qu’il est impossible que Le Pen fasse à son auditoire le coup 100% écolo de la défense des langues régionales. Et pourtant, on y aura bel et bien droit : « [notre] combat, nous ne le menons pas contre la langue et les spécificités corses, mais avec elles et même en leur nom (…) au travers de la préservation de la langues et de la culture corses, la Corse est entrée en résistance contre la culture mondialiste ».

On s’interroge : la candidate du FN irait-elle jusqu’à dénoncer, comme l’a osé Eva Joly, « la volonté hégémonique d'imposer l'unique langue française » ? Serait-elle prête à chanter les louanges d’une Charte des langues régionales au nom de la « vraie diversité », elle que d’aucuns se plaisent à présenter comme la nouvelle figure de proue d’un courant « souverainiste », voire comme une héritière du gaullisme ?

Quant à l’écologie politique, ne charrie-t-elle pas dans ses bagages quelques vestiges du médiévisme, et comme une vieille nostalgie des fiefs d’antan ? N’est-elle pas, mue par son désir si profondément antihumaniste de « retour à la nature » et sous couvert de modernité décentralisatrice, une idéologie banalement… « réac » ?

Lire et relire :
Eva, reste avec nous   CLICK 
Marine Le Pen à l'école de la République   CLACK 
A Lille, Marine Le Pen s'enferre à droite  CLOCK
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samedi 17 mars 2012

"La gauche sans le peuple ne saurait être la gauche"

Entretien avec Laurent Bouvet
- Première partie -

Laurent Bouvet est politologue
Il vient de publier "Le Sens du peuple", Gallimard, 2012
Consulter son blog

Votre tout dernier ouvrage, Le sens du peuple, a pour objet de montrer comment le peuple est devenu un « problème » pour la gauche française. N’y a-t-il pas là un paradoxe. En ayant perdu le peuple de vue, la gauche n’a-t-elle pas perdu aussi sa raison d’être ?

Il y a un courant de pensée à gauche qui refuse l’existence même du peuple comme sujet politique, et plus largement dans les partis de gauche une présence importante de militants et d’élus convaincus par cette thèse. C’est, grossièrement, en France, le cas de ce que l’on a appelé la deuxième gauche. Cet ensemble né du tournant des années 1960-70 dans le PSU et le syndicalisme notamment qui a intégré en grande partie le PS à partir de 1974 et dont la grande figure politique a été Michel Rocard.

Tout comme Pierre Rosanvallon, cette deuxième gauche souhaiterait donc que le peuple demeure « introuvable » sous peine de devenir dangereux ?...

En effet, le meilleur théoricien – et en partie acteur – de cette gauche-là est incontestablement Pierre Rosanvallon. Son « peuple introuvable » est d’abord un constat qu’il fait comme historien : où est le peuple en politique ? Comment peut-on en observer et en comprendre les figures et les représentations ? Est-ce qu’il ne se limite pas à des fictions ? Etc. Mais c’est aussi une prescription à laquelle il aboutit : non seulement le peuple n’existe pas mais il ne doit pas exister. Toute forme de prise au sérieux du peuple en politique représente un danger pour la démocratie.

Cette perspective qui s’inscrit dans un monde post-totalitaire, marqué par les expériences tragiques de manipulation et d’instrumentalisation du peuple – dans sa réduction à la race et à la classe à travers les totalitarismes nazi et communiste – a une vertu heuristique mais constitue aussi un angle mort politiquement.

Sa vertu tient à ce qu’elle confirme que la démocratie et le populisme – ces usages dangereux du peuple – sont les deux faces d’une même médaille. Et que la politique moderne, celle de l’âge de la démocratie de masse, se tient sans cesse sur le fil entre injonction populaire et tentation populiste. Le peuple est toujours déjà présent, comme source de légitimité démocratique mais en même temps comme danger mortel pour la démocratie. Les Grecs avec leur demos avaient d’ailleurs, il y a 25 siècles, déjà parfaitement perçu cette dualité !

Malheureusement, cette conception, celle de la deuxième gauche, donc, dans le cadre politique français, a aussi eu un défaut. Pour le dire d’un mot, elle passe à côté du rôle essentiel du peuple « tout entier », aussi bien démocratique que social et national, dans la politique moderne.

Ah oui, les fameux « trois peuples » - démocratique, social et national – que vous décrivez et liez dans votre livre…

…et dont il convient de n’oublier aucun. Hélas, certains penseurs et responsables ont oublié que la France n’était pas qu’une société d’individus, de groupes plus ou moins constitués selon leurs intérêts ou leurs identités particulières mais aussi, et sans doute avant tout, un peuple avec son histoire, sa lecture propre même si grandement conflictuelle, de l’évolution du monde, son droit politique spécifique (exceptionnel peut-on dire) dont la République résume le sens, etc.

Ceci a contribué à accroître les effets de la transformation libérale de la société française au cours de ces 30-40 dernières années, qu’il s’agisse de l’économie de marché et de ses effets, ou de la réduction de l’émancipation à une affaire juridique concernant d’abord et avant tout l’individu. Le sens du collectif, du commun, du vivre ensemble se sont dilués. Et une partie de la gauche, sous l’impulsion et la conduite de la deuxième gauche, a évolué dans cette direction, au prix d’oublis et de contresens historiques, notamment sur la construction européenne, qui s’avèrent aujourd’hui tragiques.

Vous pointez du doigt la tentation multiculturaliste, et cette attitude qui a consisté, pour une gauche déconnectée des classes populaires, à fabriquer un « peuple de substitution » par agrégation de diverses minorités. De quoi s’agit-il ?

Cette tentation s’inscrit, en partie, dans l’évolution décrite précédemment. Elle est le résultat de la réponse apportée par une partie de la gauche française (mais pas seulement) au grand tournant identitaire qui a frappé les sociétés occidentales dans les années 1960-70 également. Lorsque des aspirations individualistes, post-matérialistes ou post-industrielles ont peu à peu remplacé les grands combats idéologiques des XIXe et XXe siècles et les luttes politiques et sociales qui en découlaient. Ainsi, par exemple, ce que l’on a appelé un temps les « nouveaux mouvements sociaux » (de libération, d’émancipation ou de reconnaissance identitaire) des années 1960-70 ont-ils parfaitement illustré ces nouvelles aspirations : noirs américains, féministes, homosexuels, immigrés, régionalistes, fondamentalistes religieux...

Les revendications qui ont émergé et sont encore, pour une part, actives, ont trouvé naturellement leur place et leur justification dans des sociétés qui étaient largement bloquées et discriminatoires à l’égard de ce que l’on a appelé alors les « minorités ».

Je ne comprends pas où est le problème ? Ces catégories (immigrés, jeunes, femmes…) ne vous semblent-elles pas légitimes lorsqu’elles revendiquent leur droit à l’égalité ?

Si : il y a, bien évidemment, une totale légitimité de ces revendications. Qu’il s’agisse de celle des femmes à l’égalité de droits avec les hommes, de la dépénalisation puis de l’égalité de droits pour les homosexuels ou encore de la lutte contre toutes les formes de discrimination à raison de l’origine ethno-raciale notamment. Et la gauche, porteuse historiquement, de la défense du principe d’égalité, ne saurait laisser de côté ces revendications. Pas plus qu’elle ne saurait ignorer le « fait du multiculturalisme » qui est au cœur des grandes sociétés ouvertes, occidentales notamment, aujourd’hui.

Simplement, il y a une différence considérable entre l’acceptation d’un fait social ou la poursuite d’un idéal de lutte aux côtés des plus faibles dans la société, et la conversion à une forme de multiculturalisme normatif devenu peu à peu l’alpha et l’oméga des propositions politiques de la gauche. Comme si celle-ci, contrainte par une « grande transformation » (à rebours), libérale, des décennies récentes, avait abandonné son rôle historique d’émancipation collective et toute perspective populaire ; au profit précisément d’un « peuple de substitution », de « damnés de la terre » de remplacement que seraient désormais les membres des minorités identitaires et culturelles. Comme si l’adieu à la classe ouvrière, pour le meilleur et pour le pire, avait conduit à l’abandon de toute conception d’ensemble de ce que peut-être le peuple pour ne favoriser que des parties très spécifiques de celui-ci et au final participer à l’individualisation généralisée de nos sociétés.

Une sorte de « tronçonnage » du peuple en catégories dont les revendications, nécessairement particularistes, favoriseraient l’individualisme, en somme ?

Oui, et même pis. C’est comme si cette évolution d’un peuple à l’autre avait conduit à une forme de rejet voire de mépris pour les composantes du « peuple de gauche » (même si je n’aime pas beaucoup cette expression) traditionnel. Ce que certains auteurs, je pense notamment à Gaël Brustier et Jean-Philippe Huelin, ou encore à Christophe Guilluy, ont nommé et décrit comme de la « prolophobie ». Au-delà de la profondeur de ce mouvement d’ensemble des sociétés contemporaines, perceptibles dans l’ensemble des politiques publiques : économique et sociale bien sûr mais encore scolaire, culturelle, « de la ville »… on peut en observer l’émergence dans les représentations médiatiques et artistiques. Ainsi, au cinéma, est-on passé de la figure mythifiée de l’ouvrier incarnée par Jean Gabin par exemple, dans « La Bête humaine » au temps du Front populaire, à celle, dégradée et abjecte (raciste, sexiste, homophobe… le « beauf » dans toute sa splendeur), du « Dupont-Lajoie » d’Yves Boisset, incarnée par Jean Carmet. Ce parcours de Gabin à Carmet si j’ose dire, est exactement ce qui est en jeu dans l’histoire de la gauche, française ici, tout au long du XXe siècle et jusqu’à aujourd’hui.

Cette « prolophobie » que vous pointez du doigt est-elle vraiment l’apanage de la gauche ?

Disons que l’impuissance politique face aux bouleversements de l’économie mondiale ayant en quelque sorte conduit à une réduction générale de l’ambition de la gauche : incapable de proposer à tous de poursuivre le mouvement d’émancipation, elle ne l’aurait plus proposé qu’à quelques-uns, choisis en fonction de leur statut particulier dans la société, et en le faisant désormais d’abord passer par une extension du droit individuel, de la reconnaissance de ce que chacun est pour lui-même plutôt que de ce qu’il voudrait être avec les autres.

Le statut de l’égalité, et les conséquences sociales de celle-ci, ne pouvaient qu’être fortement ébranlés. Car outre qu’une partie des nouveaux droits ainsi revendiqués et accordés ne peuvent être que dérogatoires, le sens commun lui-même s’affadit. La compréhension commune de ce qu’est une société, sans même parler d’un peuple désormais, se dissout. Dans ces conditions, la fameuse société de marché n’a aucun mal à s’imposer avec son cortège d’inégalités et de spectaculaire.

Or, pour le dire d’un mot, la gauche sans le peuple ne saurait être la gauche. Elle perd son sens même, son âme… et aussi, accessoirement, les élections et le combat pour l’hégémonie cher à Gramsci....(à suivre).

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vendredi 16 mars 2012

Débat Hollande-Copé : le socialiste l’emporte sans triompher



C’était un duel attendu. Peut-être plus encore que l’avait été le débat – avorté – Le Pen / Mélenchon. Comme a l’approche d’un match de boxe, d’aucuns semblaient compter les jours. On peut même soupçonner les plus avertis d’avoir acheté du pop-corn et commandé des pizzas. Sur les réseaux sociaux, où l’affaire fut commentée très en amont, les pronostics allèrent bon train : qui gagnerait le duel Hollande/Copé, jeudi soir, dans Des paroles et des actes ?

C’est qu’on avait perdu l’habitude, au sein de la vie politique française, de ces duels à l’arme lourde, que ne remplaceront jamais un one man show télévisé. Et puis, celui-ci est apparaissait presque comme un « brouillon » de ce que pourrait être le débat d’entre-deux-tours entre François Hollande et Nicolas Sarkozy. Copé est certes un second couteau, mais pas n’importe lequel : nul n’ignore son ambition présidentielle.

Cela a d’ailleurs été l’occasion, pour Hollande de renouer avec sa célèbre drôlerie et de mettre les rieurs de son côté en lançant à son contradicteur « Vous n'allez pas être jugé sur cette émission, Monsieur Copé. Vous préparez 2017, vous avez le temps ! »

Alternant la boutade et la gravité, le présidentiable a donc choisi la tactique suivante : souffler le chaud et le froid. D’une part, folâtrer sur les sentiers de l’humour et badiner pour esquiver certaines attaques. D’autre part jouer au « grand ancien » qui n’a plus le temps de se perdre en conjectures puisqu’en ce qui le concerne, « le changement, c’est maintenant ». A cet égard, il a plusieurs fois tancé le patron de l’UMP, l’appelant, du haut d’une sérénité toute présidentielle à demeurer « calme ». 

Quand à la forme, François Hollande semble donc avoir eu l’avantage. Cependant que Copé demeurait agressif tout au long de l’exercice, le socialiste a réussi à alterner gravité solennelle et plaisanteries caustiques à un rythme propre à étourdir l’adversaire. Non sans culot, d’ailleurs. Sur le nucléaire, par exemple, son obstination à répéter qu’il ne fermerait qu’une seule et unique centrale, celle de Fessenheim, a déstabilisé un Copé arc-bouté sur l’idée fixe de fermetures multiples, et offert aux téléspectateurs un agréable numéro de comique de répétition.

Ce faisant, il a fait louper au maire de Meaux un certain nombre de bonnes questions : s’il ne ferme qu’une centrale durant son quinquennat, comment François Hollande compte-t-il réduire la part du nucléaire de 75% à 50% en vingt ans ainsi qu’il s’y est engagé ? Comment satisfera-t-il ses désormais nombreux alliés ? Comment conciliera-t-il les promesses faites aux écologistes d’EELV avec les exigences des chevènementistes du MRC, pour lesquels « il ne doit pas être porté atteinte à notre industrie nucléaire et à ses capacités » ?

Sur le fond, sans triompher, le socialiste a également remporté quelques victoires. D’abord, en maintenant son engagement de retirer les forces françaises d’Afghanistan en 2012. Le secrétaire général de l’UMP a eu beau objecter qu’il mettrait ainsi « nos hommes en danger », on se demande bien en quoi un retrait en décembre 2012, serait plus périlleux qu’en 2014. Quand on participe à une guerre en annonçant préalablement à quelle date on la perdra, on met forcément « nos hommes en danger », l’ennemi n’ayant finalement qu’à être patient. Dès lors, autant dispenser les Talibans d’avoir à attendre trop longtemps notre désengagement, en nous causant quelques morts sur la période 2012/2014, pour passer le temps.

Sur l’immigration, enfin, Hollande n’est aucunement tombé dans le piège de l’angélisme si souvent reproché à la gauche. Il faut dire que les questions de son vis-à-vis étaient largement prévisibles. Le corrézien en fut certainement peu surpris. Il a en tout cas martelé qu’il n’avait jamais plaidé pour « des régularisations massives », mais était partisan d’un traitement des dossiers au cas par cas. Du pragmatisme, donc, loin de toute idéologie.

Finalement, on aurait pu penser que François Hollande avait raté « son » émission s’il n’y avait pas eu ce débat. Parfois peu précis, ainsi qu’on le lui reproche souvent, le candidat a parfois semblé sur la défensive face aux différents journalistes. De plus, il ne parvient pas à échapper à ce manque cruel d’imagination qui semble frapper l’ensemble de la classe politique face à la crise économique. Sa détermination, toute nouvelle, sur la nécessité de renégocier le pacte budgétaire européen, ne suffit pas à faire oublier les mantras anti-dette que récitent à longueur d’émissions les candidats de gauche comme de droite. Tout juste Hollande se différencie-t-il de Sarkozy, sur ce point, en appelant de ses vœux « la croissance » - à laquelle la droite semble ne même plus croire - sans jamais expliquer comment on la conquiert.

Au bout du compte, son débat avec Jean-François Copé aura remis en selle le candidat en toute fin d’émission, lui permettant de conclure sur une victoire. Mais une victoire de style, avant tout: un homme gagne toujours à être calme face à un adversaire monté sur ressorts.

Pour l’avenir, c’est sur le fond que le socialiste devra convaincre, notamment ce samedi, à l’occasion du meeting sur l’Europe qu’il tiendra à Paris. François Hollande est rassurant. Il lui reste à devenir enthousiasmant.

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mercredi 14 mars 2012

Eva, reste avec nous !



Eva Joly, on aime ou on n’aime pas. D’ailleurs, étant donnés les derniers sondages, il semble que la plupart des électeurs appartiennent définitivement à la catégorie « on n’aime pas ». Pourtant, il serait regrettable que la candidate soit obligée de renoncer à son combat présidentiel, surtout si elle le fait sous la pression des caciques de son propre camp. Explications.

Hier mardi 13, une déclaration peu amène de Noël Mamère à provoqué un surcroit d’agitation dans le landerneau écologiste. Contaminé par le syndrome du « vote utile » et alors que « sa » candidate est toujours située autour de 2,5% des intentions de vote, le marieur de Bègles s’est interrogé : « quel est vraiment l'intérêt que nous avons à être présents à l'élection présidentielle si, d'une part, nous restons encalminés dans ces sondages qui ne sont pas bons (…) et si en restant dans la compétition, nous contribuons à affaiblir le candidat du PS François Hollande ? »

Dès lors, toute la galaxie EELV est montée au créneau pour défendre la femme aux lunettes rouges, utilisant notamment Twitter, qui remplace avantageusement la vieille tradition du communiqué de presse. Cécile Duflot, José Bové, Yannick Jadot ont pianoté tant et plus. Le sénateur Jean-Vincent Placé a même publié ce twitt, d’une ineffable poésie : « ridicule rumeur de retrait d’Eva Joly plus que jamais porteuse des espoirs de la planète et de l’humanité ». Quant à la principale intéressée, elle continue à affirmer sa détermination à « aller jusqu’au bout » et ajoute qu’il y aura « un bulletin Eva Joly le 22 avril »….on l’espère bien !

Il est vrai que quelques mauvaises langues émettent l’idée d’un double retrait, où Joly jetterait l’éponge au même moment que sa rivale Corinne Lepage. « Certains envisageraient pour Eva Joly un retrait avant le premier tour dans l’hypothèse où il n’y aurait pas d’autre candidat écologiste », expliquait mardi Jean-François Achili sur France Inter. Et le journaliste d’ajouter : « ce scénario a été proposé il y a un an par Daniel Cohn-Bendit. Les Verts négocieraient en échange un groupe à l’Assemblée nationale et jusqu’à trois ministères ». L’hypothèse est plausible, mais on peut s’interroger : l’accord entre le Parti Socialiste et EELV en vue des législatives ne garantit-il pas déjà aux Verts un futur groupe parlementaire ?

Alors certes, le sondage IFOP de mardi 13 plaçant Nicolas Sarkozy devant François Hollande pour la toute première fois, redonne quelques couleurs à l’idée sotte du « vote utile » - comme s’il pouvait y avoir d’autre vote « utile », en démocratie, que celui que l’on fait par conviction. Certes, on peut considérer qu’Eva Joly est un OPNI (objet politique non identifié), que son « style » est atypique, qu’elle n’était pas taillée pour la course.

Pire, on peut juger que ses idées sont néfastes. Oui, la sortie du nucléaire serait une invraisemblable régression, qui nous ramènerait, à l’instar des Allemands, aux temps peu sympathiques des centrales à charbon.  Oui, les écologistes sont devenus des spécialistes du maniement des peurs. Oui, leur usage du drame japonais de Fukushima est démagogique : la France, que l’on sache, et peu sujette aux tsunamis. Par ailleurs, il serait bien plus rationnel de conclure de Fukushima qu’il faut investir dans le domaine de la sécurité nucléaire, non dans celui du démantèlement.

Mais les écolos n’ont jamais été de grands adeptes du progrès, qu’il soit scientifique ou humain. Les courants politiques qui jonglent avec les peurs ne sont que très rarement des héritiers des Lumières. Luc Ferry le disait il y a vingt ans dans Le nouvel ordre écologique [1], et le seul titre du livre à paraître de Stéphane François, L’écologie, politique, une vision du monde réactionnaire ?[2] nous invite à réfléchir.

Et puis, outre les billevesées autour sur l’atome, il y a tout le spectre du folklore d’Ancien régime, d’un fédéralisme européen très assumé qui sent la nostalgie du Saint-Empire Romain germanique, à une défense des particularismes régionaux qui fleure la nostalgie des duchés et autre baronnies. Sur « Lame nue », le blogueur Scaramouche déplorait en ces termes  la promotion par EELV de la « charte des langues régionales » : « elle prétend préserver une part du patrimoine dont personne ne conteste l'intérêt, mais en réalité elle vise à créer des pouvoirs locaux presqu'indépendants du pouvoir central (…) de véritables fiefs, au sens médiéval du terme (…) cela ressemble furieusement aux idées de Charles Maurras qui voulait restaurer les provinces d'Ancien régime contre la Gueuse ».

Certains, donc, qui considèrent les Verts comme des « réacs ». Mais quand bien même ce serait le cas…ils ne seraient pas les premiers ! Libre à eux, s’il leur sied, de continuer à se présenter comme un parti « de gauche », et d’inversir, à ce titre, une candidate à l’élection présidentielle. Puis libre aux électeurs de leur faire savoir s’ils sont convaincus ou s’ils ne le sont pas.

En attendant, cependant que le 16 mars, un ou deux candidats risquent encore de jeter l’éponge faute de parrainages, de grâce, qu’Eva Joly ne se retire pas !

De nombreux Français trouvent la campagne présidentielle ennuyeuse, et l’ont fait savoir au gré des enquêtes d’opinion. Le duel Hollande/Sarkozy est prématuré : c’est au second tour qu’il devra passionner…si le premier tour en décide ainsi !

Parce qu’il y aura bien - même si cela dérange quelques autoritaristes refoulés - un premier tour. Et de ce premier tour, les « petits » candidats feront tout le sel. Pour que vive le débat et pour que la démocratie demeure crédible, nous ne pouvons que souhaiter qu’ils ne cèdent pas aux sirènes imbéciles et poltronnes du « vote utile ».

A Joly comme aux autres malheureux titulaires de mauvais sondages, nous osons dire : Eva, reste avec nous !


[1] Luc FERRY, Le nouvel ordre écologique, Grasset, 1992
[2] Stéphane FRANCOIS, L’écologie politique, une vision du monde réactionnaire, Le Cerf, 2012.

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lundi 12 mars 2012

François Duprat : itinéraire d'un néo-fasciste au coeur du Front



« Pourquoi François Duprat ? » : c’est la question qu’on serait tenté de poser à Nicolas Lebourg et à Joseph Beauregard. Après avoir  consacré à ce leader d’extrême droite un documentaire remarqué, ils lui vouent à présent une biographie dense et rythmée, la toute première sur Duprat.

C’est que, pour les deux auteurs, Duprat n’est autre que « l’homme qui inventa le Front national » et qui, par sa très forte emprise idéologique sur le jeune parti, en fut de fait le numéro deux, avant d’être assassiné dans des circonstances troubles en 1978.

Découvrir Duprat, c’est donc s’offrir l’occasion de comprendre ce que fut l’influence de la pensée « national-révolutionnaire » dans les premières années d’existence du FN, et ce qu’elle demeure. On découvre notamment que le « sinistrisme », très présent dans le discours frontiste aujourd’hui, n’est pas nouveau à l’extrême-droite. L’usage d’un champ lexical semblant marqué à gauche était une habitude chez Duprat, l’intellectuel néo-fasciste n’hésitant pas à conspuer « le capitalisme » et à glorifier « le Peuple », dans des termes que ses biographes nous aident à décrypter.

De même, on découvre comment Duprat structura le discours du Front national, imposant à un Jean-Marie Le Pen dubitatif, un usage tactique du racisme, savamment combiné avec les peurs économiques de l’époque. Il inventa notamment la formule bien connue « un million de chômeurs, c’est un million d’immigrés en trop ».

Mais, outre qu’il éclaire sur l’héritage doctrinal du FN, François Duprat est également une fresque historique, presque un roman, parfois. Le lecteur s’y trouve transporté au cœur des années 1960-70, de cette vie politique violente et romantique qui voyait s’affronter, barres de fer à la main, les « gauchistes » et les « fascistes », et où « l’intellectuel engagé» n’hésitait pas à faire le coup de main sitôt que l’occasion de présentait.

Au fil de cette biographie, on croisera quantité de personnages énigmatiques, jonglant avec l’action directe, l’écriture sous pseudonyme, et la collaboration avec les services de renseignement. Outre Duprat, en rencontre ainsi quelques figures connues, jeunes chiens fous désormais assagis, tels Alain Madelin ou Gérard Longuet, ou intellectuels prolifiques de la droite radicale, comme Dominique Venner.

On se remémore également ces groupuscules qui ne cessèrent d’être dissous pour mieux renaître de leurs cendres : Jeune Nation, le Parti nationaliste, Occident, Ordre Nouveau. Jusqu’à ce que François Duprat - qui fut de chacun d’eux - décide de troquer les bagarres de rue contre l’action politique, envisage la prise du pouvoir par les urnes, et se convertisse à la « tactique légaliste » comme « pièce de la stratégie révolutionnaire ».

Duprat fut ainsi moteur dans la création du FN, ce parti qui a longtemps étonné par sa faculté à agréger des frères ennemis (monarchistes, catholiques traditionnalistes, néofascistes), et dont on prend conscience des contradictions qu’il porte depuis ses origines.

Entre « nationaux » et « nationalistes », entre bourgeois réactionnaires et étudiants révolutionnaires, des compromis furent à trouver, et d’irréfragables inimitiés à surmonter. Mais Duprat était habile à concilier l’inconciliable. Ainsi, du discours sur l’immigration, on apprend que l’idéologue « ajuste son argumentaire (…) à chaque composante de l’extrême droite : aux nationalistes européens, l’argument de la préservation de la race ; aux nationalistes-révolutionnaires, l’inclinaison sociale ; aux nationaux-populistes, l’argumentaire anticommuniste ».

François Duprat, enfin, est une recherche méticuleuse et patiente : quatre années d’étude, un nombre record d’entretiens et de rencontres, en font un travail solide et précis. Surtout, chose trop rare quand il s’agit de l’extrême-droite, ce livre ne cède jamais à la facilité du jugement moral. Tout en lui donnant les clés, il laisse au lecteur l’entière responsabilité de se forger une opinion. Lebourg et Beauregard le précisent d’ailleurs d’emblée : « n’en déplaise aux extrémistes de droite, Duprat n’est pas un martyr de la liberté mais un fasciste et un antisémite convaincu. N’en déplaise aux extrémistes de gauche et antifascistes, Duprat n’est pas la Bête immonde, mais un homme qui aimait passionnément les livres et les sucreries ».

Puis d’ajouter : «  l’homme qui se dessine n’est ni un diable, ni un saint ». Sans doute mérite-t-il, ne serait-ce que pour cela, d’être (re)découvert.

Lire et consulter :
Nicolas Lebourg - Joseph Beauregard, François Duprat, Denoël impacts, 2012
Blog collectif  : Fragments sur les Temps Présents - Marges politiques et Radicalités sociales

Lire et relire sur l'arène nue:
Pierre André Taguieff revisite le polulisme   CLICK
Recension de "Le Bloc" de Jérôme Leroy   CLACK
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dimanche 11 mars 2012

Villepinte : ce qu'il faut retenir du meeting de Sarkozy



Aujourd’hui, Nicolas Sarkozy a tenu un discours "fondateur" à Villepinte, où un grand meeting de campagne a réuni entre deux mille personnes selon le parti Socialiste et trois millions selon Nathalie Kosciusko-Morizet. Voici ici listés les moments forts de cet évènement politique :

Le battle :

Un grand battle était d’abord organisé entre les chauffeurs de salle. Cependant que certains « people » tels Gérard Depardieu et Enrico Macias étaient venus témoigner en personne du fait que la vieillesse est un naufrage, parmi les politiques, François Fillon et Henri Guaino se sont disputés sans concession la palme de la meilleure imitation d’André Malraux.

 L’ancêtre :

Tâchant tant bien que mal de préserver son anonymat derrière de grosses lunettes de soleil, Bernadette Chirac - que tout le monde a quand même reconnue - s’est fendue d’un petit discours inutile, même qu’on « n’a même pas écouté ce que ses vieilles mains racontent ». Son époux, quant à lui, n’avait pas fait le déplacement : comme chacun sait, il souhaite voter pour François Hollande.

Le discours :

« J’ai appris » et « j’ai compris » : c’est ce qu’a répété à dix-huit reprises le président sortant, au cas où nous, nous n’aurions pas bien compris : « j’ai appris des blocages auxquels j’ai été confronté (…) j’ai compris l’importance symbolique de la fonction présidentielle (…) j’ai compris l’attachement des Français au modèle républicain ».

Ainsi, le « petit Nicolas » affirme être désormais un grand garçon. En 2007, il avait « changé », en 2012 il a pigé. On aimerait qu’il ose un salutaire « j’en ai fini ». A défaut, le 6 mai, nous nous contenterons avec bonheur d’un modeste « j’ai perdu ».

L’Europe, l’Europe, l’Europe : Nicolas Sarkozy a prononcé cette expression trente-trois fois. Il a dû prendre au pied de la lettre la formule du général de Gaulle selon laquelle « on peut sauter sur sa chaise comme un cabri en disant l’Europe, l’Europe, l’Europe ».

Mais s’il l’a citée, c’est pour mieux…la critiquer : « maintenant, pour les européens que nous sommes, une tâche immense nous attend : changer l’Europe ». Après l’avoir sauvée douze fois, voilà donc qu’il faut la réorienter.

Pourquoi Diable ? Mais pour séduire « la France du non » bien sûr. Ce n’est pas parce qu’on s’est assis sur son vote au référendum de 2005 sur le Traité constitutionnel européen qu’il faut la laisser continuer à bouder, cette France poltronne qui « se sent fragilisée, se sent menacée ». Avec un peu de bol - surtout si Marine Le Pen n’obtient pas ses parrainages – il y aura peut-être moyen de réconcilier cette « France moisie» avec la France vaillante et conquérante, celle qui « veut répondre à l’appel du grand large ».

Je ne reconnais plus personne en Harley Davidson : Nicolas Sarkozy veut améliorer les accords de Schengen. Il s’y attellera aussitôt réélu avec ses partenaires européens, mais prévient d’ores et déjà : « si je devais constater que dans les douze mois qui viennent, il n’y a aucun progrès sérieux (…) alors la France suspendrait sa participation aux accords de Schengen ». Sarkozy le rebelle ? On n’avait pas l’habitude !

Sur l’instauration d’un « buy european act » (autrement dit sur la mise en place d’un protectionnisme européen), le candidat poursuit : « je veux m’engager totalement dans ce combat. Si dans les douze mois aucun progrès sérieux sur l’exigence de réciprocité avec nos partenaires n’était enregistrée, alors la France appliquera unilatéralement cette règle ».

Enfin, sur la nécessité de réserver aux PME européenne une part non négligeable de nos marchés publics, le lonesome cowboy a martelé « si au bout d’un an nous n’avons pas progressé, la France appliquera unilatéralement sa propre charte des PME ».

D’après nos sources, c’est en entendant le troisième "unilatéralement" qu’Angela Merkel manqua s’étouffer avec un Bretzel de l’autre côté du Rhin, cependant qu’en Italie et en Espagne, Mario Monti et Mariano Rajoy tentaient de s’immoler en mettant le feu au texte du « pacte des conservateurs ».

En attendant, il faudra qu’on nous explique, désormais, pourquoi François Hollande avait à ce point tort lorsqu’il a affirmait vouloir simplement « renégocier » le pacte budgétaire européen. La renégociation aurait-elle un caractère un peu trop « multilatéral » ?....

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